Theodora Roselyne – Chapitre 3

De temps en temps, lorsque je faisais un bilan de ce qu’est ma vie, enfin de ce que j’ai fait durant ma courte existence, la conclusion est très simple : pas grand-chose. Je n’ai rien fait de ma vie qui mérite d’être dit. La seule chose dont je peux être fière est d’être une bonne amie. Tous ceux qui sont près de moi le savent. Ils peuvent quoiqu’il arrive, compter sur moi. C’est, je pense, une qualité importante aujourd’hui. Dans un monde comme celui dans lequel nous vivons, les amis sont de plus en plus rares, sauf quand on a de l’argent à revendre. Avez-vous remarqué à quel point les gens riches, les petits bourgeois arrogants et prétentieux avaient tout plein d’amis.Qu’ils ne s’y trompent pas, le jour où ils perdront leur si merveilleuse fortune, il n’y aura plus personne autour d’eux.

Plus personne.

Mon principal défaut est que je lis trop de romans… Un homme a dit un jour : les histoires sont écrites par les vainqueurs pas par les héros. J’aurai aimé pouvoir me battre aux côtés des vainqueurs rien qu’une fois. Être agent double à la solde du roi, pourquoi pas mousquetaires. Je ne rêve pas d’être au sommet, juste de me battre pour que l’honneur reste intact. J’aurai aimé me battre aux côtés de Robin des Bois, être une guerrière Amazone. Être roi ou reine ne nous donne rien, se battre, que ce soit à l’épée ou avec des « superpouvoirs », voilà ce qu’il y a de louable.

Tout ce que je sais et ce que je veux dire après tout cela, c’est que j’ai toujours été là pour mes amis. C’est le moins que je puisse faire, non ?

*

* *

On  arriva à la Boîte, vers 20 h. Elle était déjà bondée, mais par chance, nous avions pu réserver une table et rentrer en passant devant toutes les personnes qui attendaient bien sagement (ou non) de pouvoir entrer. On avait, pas très loin de nous quand on est arrivé, un homme se trémoussait – en outre, il dansait plutôt bien —. Tel un dératé, il arpentait la file de personnes, en parlant à chacun, attrapant le plus de cigarettes possible. Il était apparemment très amoché quand nous sommes arrivés. Ils ont dû s’y mettre à six pour le faire entrer dans le fourgon de la gendarmerie. De loin, le spectacle fut assez spectaculaire voire même distrayant.

Quelques cocktails plus tard, le moment d’aller danser fut venu. Pour une fois, nous étions accompagnées de garçons qui ne rechignaient pas à aller danser. Une table réservée, un serveur attitré et des habitudes de folies. J’avais encore certes abusé de la boisson, j’étais dans un état légèrement second, je ne me rendais plus vraiment compte de ce qui se passait autour de moi. Perdue n’était pas le mot que j’aurai employé directement puisque, je savais où je me trouvais, avec qui et pourquoi ? J’avais juste du mal à reconnaître certaines personnes, que j’aurai certainement préféré ne pas revoir aussi tôt.

— Je vais chercher à boire, hurlai-je en essayant de couvrir le bruit de la musique. Je commence vraiment à mourir de soif.

— Mais arrête, tu ne crois pas que tu as assez bu, me demanda Lola.

— J’veux un coca grosse ! Et puis, genre, c’est toi qui me demandes ça ? Tu t’es vu ?

Elle rit et s’offrit son cinquième ou sixième verre, autant dire que son était avoisinait dangereusement le mien.

— Certes! Bah vas-y… Euh attends. Tu sais où est le bar hein ?

— Gnia, gnia, gnia… Je suis encore capable de me débrouiller toute seule. Enfin, je crois…

Elle eut raison de me le demander, parce que je ne l’aurai sans doute pas trouvé sinon. Oh, mais dans quel état je pouvais être !

Tomber sur l’une des seules que l’on aurait tant aimé ne pas voir. Parce que quand on est « dans le mal » comme dirait l’une de mes amies, on ne se rend pas vraiment compte de ce que l’on dit ou fait, personne ne me dira le contraire, n’est-ce pas ?

— Oh, mais qui voilà, mademoiselle Delacroix, comme le peintre.

La voix m’était familière. Mon cerveau refusa cependant d’établir la connexion de synapses pour que je puisse lui donner un visage.

— Salut beauté, je n’aurai pas pensé te croiser… ici. Les librairies ce n’est pas plus ton univers ?

Les librairies, oh je vois, le gars de tout à l’heure… Comment s’appelait-il déjà Matéo, Nathan ? C’est un truc comme ça, je le sais… Euh… Ah oui c’est vrai, Nate, petit-fils du vieux de la librairie. Ce garçon si mignon… Et merde, pourquoi fallait-il qu’il soit là alors que je suis bourrée ? Ça allait violemment tendance à casser le mythe…

— Ouh, ça va toi ? Tu me sembles bien… bien.

— Oui, ça va : c’est la fête ! J’ai peut-être un tout petit peu forcé sur la dose, t’inquiète ! Je gère !

— Et le rendez-vous de cet après-midi, tu sais, celui qui nous a empêchés de prendre un café, c’était bien ? Tu as pu y être à temps ?

— Le rendez-vous… ? Ah oui… Bah oui, la preuve je suis ici !

— C’était donc si important ?

— Je suis désolée, mais pour une fille, se trouver des fringues de folies pour aller en boîte, et, euh…

Je me perdis légèrement dans mes allégations le temps de quelques secondes.

— Tu comprends c’est une sorte de rituel avec les filles quand on sort.

— Ah OK. Donc, maintenant, je peux te payer un verre ?

— Bah qu’est-ce que tu fais, ça fait dix minutes que tu es partie… Oh… Oh ! Salut !

Une superbe arrivée de Lola, qui n’a pas manqué de remarquer que la personne avec qui je parlais, était plus que séduisante. Comment passer au dessus de ça… Sauf que celui-là je l’ai vu en premier. À Moi ! Et attention, je mords !

— Salut ! Et alors ce verre, c’est oui ou non ?

Il se retourna alors vers moi en prononçant ces derniers mots.

— Je suis désolée, mais je crois que j’ai vraiment assez bu, une prochaine fois peut-être.

— On dirait que tu aimes cette phrase, cet après-midi, maintenant. Et puis, tu n’es pas obligée de prendre de l’alcool, un soda ou un café peut-être.

— C’est quoi ton délire avec les cafés ?

Il se mit à rire et moi à rougir. Bordel ! Pourquoi toujours moi ?

Lola s’immisça alors dans notre conversation et posa son petit grain de sel comme à son habitude.

— Il n’y aura pas de prochaine fois si tu n’insistes pas. Je la connais, elle fait tout son possible pour s’éloigner des hommes comme toi, tu lui fais peur. Non, petite modification : tu lui plais donc elle a peur.

Euh, Lola ? Tu nous fais quoi là ?

— Ah, c’est donc ça. Et, pourquoi lui ferais-je donc peur ? Cette jeune et jolie demoiselle n’a pas l’air d’avoir froid aux yeux pourtant.

Je devins rouge pivoine. Je la détestais quand elle faisait ça !

— Parce que généralement, ce sont des hommes à femmes et qu’elle n’a pas envie de figurer sur un tableau de chasse. Elle est sensible notre petite Ely, elle est hypersensible même. Elle en a marre de souffrir à cause des garçons alors elle se protège, par tous les moyens possibles, quitte même à ne plus s’en approcher et faire vœu d’abstinence.

— Et qui sont les bmecs qui ont laissé partir une fille comme ça ?

Je sentis son regard bleu comme l’océan sur moi.

— Des abrutis.

— Lola !

Mon ton devint suppliant. Il faillait absolument qu’elle arrête de raconter ma vie comme ça a des inconnus. Le pauvre va vraiment finir par me prendre pour une hystérique. Comme tous les autres, en fait !

Quelque chose que je qualifierais alors d’étrange se passa. Les yeux du jeune homme devinrent beaucoup plus clairs alors qu’un éclair de colère traversa son regard, à tel point que je n’en devins que plus rouge. Je ne pouvais pas être aussi bourrée que ça ? Si ?!

— Bah quoi, il a le droit de savoir.

— Mais tu es malade ou quoi ? Tu racontes des choses de ma vie privée à un quasi-inconnu !

— Hey, mais je te signale que je t’ai sauvé la vie, protesta-t-il.

— Tu ne m’aides pas là !

— Ce n’est pas le but, beauté !

— Bref !

Je coupai court à la conversation.

— Je vais rentrer, je suis… fatiguée. Je vais prévenir les gens.

— Ely !

Et, je partis. Lola resta avec Nate. Je connaissais pertinemment la manière dont tout cela allait finir. Ce n’est pas comme si je la côtoyais depuis des années. Le fait de savoir que j’ai presque pendant un moment ressenti quelque chose pour cet homme me fit encore plus peur.

J’étais dégoûtée. Bourrée et dégoûtée.

*

* *

Quatre heures trente du matin. Les rues sont désertes. Je me suis perdue dans mes pensées et j’ai oublié de rentrer à la maison. J’ai oublié ma vie, mon existence. J’ai oublié tout ce que j’étais, ce pour quoi je m’étais tant battue. J’ai tout laissé tomber parce que j’ai espéré quelque chose qui ne serait jamais arrivé, parce que je me suis laissé porter par l’espoir et les sentiments que je pouvais avoir. Parce que pour une fois dans ma vie, je voyais les yeux d’un homme posé sur moi, ceux que j’avais espéré toute ma vie et que mes amies me volent le peu de plaisir ou d’honneur que je pouvais avoir.

Pourquoi faut-il toujours que je tombe amoureuse aussi facilement ?

Quand je repensai à toutes mes aventures amoureuses, je pouvais dire que j’étais quelqu’un de spontané. Même un simple regard peut me faire chavirer. J’ai déjà réussi à craquer sur un mec au lycée, même pas pour son physique, juste pour son regard. Je ne lui avais jamais parlé. On n’était même pas dans la même classe. J’étais jeune à l’époque. Je perdais tout contact avec la réalité et à partir du moment où je savais que les sentiments que j’éprouvais se révélaient réciproques, et je m’éloignais. J’ai peur de m’engager. J’ai peur de ne pouvoir assumer mes sentiments.

J’étais verte de rage. Je ne savais même plus comment le regarder en face après ça. Et même si, cet excès de colère était dû à l’alcool ingurgité, je n’arrivais pas à le supporter.

Tant de colère et tant de déception pour quelqu’un que je ne pensais jamais revoir et pour lesquelles j’espérais ne pas succomber. J’ai tellement lutté cette après-midi.

Je me sentais totalement idiote. J’ai encore espéré quelque chose qui n’arrivera jamais. Et le pire dans tout ça c’est que je l’ai laissé entre les mains d’une des personnes que j’estimais le plus et dont je n’ignorais pas les capacités, et sa façon d’être avec les garçons qui lui plaisaient. Elle était prête à tout pour avoir ce qu’elle voulait.

Dire que je devais partir en soirée pour me vider la tête et ne plus penser à aujourd’hui. Et je me retrouvai comme une SDF sur un banc, dans une rue que je ne connaissais pas, à réfléchir sur la vie, avec l’esprit encore embrumé par le reste de toutes mes vapeurs.

Tout ça pour en venir à une simple conclusion : je haïssais les hommes ! Je les haïssais de tout mon être ! Je les détestais parce qu’ils me rendaient faible et hésitante. Parce qu’ils étaient ma plus grande faiblesse. Parce que j’étais trop fière pour me laisser avoir et que j’en souffrais trop.

Six heures dix, il faudrait peut-être que je songe à rentrer. Je ne savais toujours pas où j’étais. Je n’avais aucun souvenir de comment j’avais atterri ici. Il était tard, ou tôt tout dépendait du point de vue. Le ciel commençait à s’éclaircir. La lune était en forme de croissant horizontal.

Sa douce lumière m’attirait inexorablement.

Je me sentais apaisée par cette énergie, cette douce couleur. Jamais, quand vous regardez la lune, surtout lorsqu’elle est pleine, vous n’aviez l’impression que le tracer de ses cratères dessine un visage souriant. Comme le regard d’une femme qui veille sur nous jour et nuit. Elle me regardait pour me donner le bon conseil. Ici, ça ressemblerait à : « Rentres chez toi, pour moi il est l’heure d’aller me coucher, je ne pourrai plus veiller sur toi. »

— Je vais rentrer. Mais je ne sais pas où je suis, ça risque d’être quelque peu compliqué… Mon dieu.. Je suis encore plus atteinte que je ne le croyais. Voilà que je me mets à parler à la lune.

Je parlais à la lune ! Oui, mesdames et messieurs, j’étais en train de parler avec la lune ! Je vous l’ai dit : complètement folle, c’est définitif !

— J’ai demandé à la lune, si tu voulais encore de moi. Elle m’a dit j’n’ai pas l’habitude, de m’occuper des cas comme ça.

La chanson d’un de mes groupes préférés résonna derrière dans la rue calme.

Je me retournai en sursautant. C’était tellement prévisible…

— Alors on décuve ? Je croyais que tu rentrais chez toi, ici c’est chez moi, rit-il. Marque d’une attirance sous-jacente ? Ah, mais non, elle a déjà été prouvée. Mais alors qu’est-ce que ça peut bien signifier ?

— Que… Je ne sais pas moi, j’ai marché là ou mes pieds m’ont portés.

— Et ils t’ont portés jusque chez moi, enfin la librairie de mon grand-père à six heures du matin, alors que tu devrais être dans ton lit ? Tu peux venir dans le mien aussi !

Je le regardai d’un air ahuri, peu certaine de ne pas avoir eu une hallucination auditive due au reste d’alcool dans mon sang. Il me fixait droit dans les yeux. Manifestement, ce n’était pas une hallucination ! Goddammit !

— Mais, je peux au moins savoir pourquoi tu es partie comme une furie. C’est peut-être que c’est dans ta nature. Fuir.

— Arrête, tu ne sais absolument rien de moi.

— Ça, c’est sûr, vu que tu n’as jamais voulu que je te connaisse davantage. Mais il faut que tu cesses de mettre tous les hommes dans le même panier. On n’est pas tous des connards, tu sais ?

— Oui, je sais. J’ai peur de souffrir où est le mal à ça ? Et puis, c’est quoi cet interrogatoire, on se connaît depuis environ vingt heures !

— Le mal c’est que tu le fasses en dépit de ce que certaines personnes pourraient faire pour toi. On n’est pas tous des monstres. Il y en a qui sont sérieux, qui prennent soin des gens qu’ils aiment.

— Parce que toi tu es comme ça. Les mecs comme toi, ils veulent s’amuser ! Qu’est-ce que vous en avez à faire de pauvres filles dans mon genre ?

Et voilà, ça y est, c’était la fin, je m’énervais. En même temps, ce discours réveillait le souvenir de vieilles rancœurs et rien que l’entendre parler comme ça, me rendais folle. L’émotion montait beaucoup plus vite qu’à l’accoutumer. J’étais au bord des larmes, encore une fois…

— Oui, je suis comme ça. Et les mecs comme moi, comme tu le dis si bien, ils sont respectueux. Ils tombent amoureux et sont aussi droits que les « filles dans ton genre ». Il arrive même qu’ils craquent pour des hystériques.

— Ouais, je sais, j’ai connu ça. On me l’a dit assez souvent. Bref, j’dois aller où pour rentrer chez moi ?

— Écoute, Elena, tu dois comprendre que tu peux faire confiance. Ou même te faire confiance. Autorise-toi à être heureuse.

— Écoute, si j’avais eu besoin de conseil, j’aurai demandé à mon psy. Pour l’instant, je veux juste rentrer chez moi.

— Je ne te laisserai pas rentré chez toi dans cet état.

 Pardon ?

— Tu es morte de froid, complètement perchée, et perdue. Tu restes dormir ici.

— Pardon ?

— Oui, allez, c’est par là.

— Mais non !

— Pas de discussion.

Il me prit par la taille et me conduisit jusque dans la librairie. Je n’osai rien dire, ses yeux luisaient de colère. Aurai-je, j’ai touché la corde sensible ? Non ! Ça, ça ne me ressemblait pas, voyons !

Aurait-il le sens de l’honneur ce garçon ?!

Je ne m’attardai pas sur les pensées de mon cerveau. Je savais qu’il pouvait aller très loin quand il s’y mettait, et ce n’était vraiment pas le moment de me faire des films. Quoi qu’avec lui, ce serait vraiment… comment dire… intéressant ? Non, mais tu es sérieuse quand tu penses à ça maintenant ? Tu es désespérante ma vieille !

Pourquoi est-ce si important ?

Pourquoi ne pas juste chercher un peu de reconnaissance plutôt que céder à la tentation et souffrir. C’est toujours comme ça. Pourquoi faut-il que la vie soit si, compliquée et douloureuse. Pourquoi ne pas tout simplement pour une fois se laisser porter par le flot de sentiments ou tout simplement une passion dévorante ?

N’importe quoi. Vraiment n’importe quoi.

Nous entrâmes dans la librairie, marchâmes le long de plusieurs salles, dont celle où je m’étais évanouie hier, empruntâmes un escalier aussi vieux que les étagères où s’entassaient les livres, traversâmes quelques pièces puis un autre escalier. Nous nous retrouvâmes alors dans une grande pièce, il alluma les lumières.

Sa chambre était digne d’un hôtel quatre étoiles. Un grand lit, une décoration moderne, canapé et écran plasma au mur, bien évidemment un bureau bien remplit, vieux livres en cours de réparation et ordinateur dernier cri. Une vraie garçonnière.

— Il y a de quoi s’amuser ici. Les filles doivent apprécier.

 Crois-le ou non, mais tu es la première à venir ici.

Je le dévisageai d’un œil plus que septique.

— Je ne sais pas comment le prendre. Je dois me dire que tu me prends pour une conne ou être honorée ?

— Tu le prends comme tu veux, fit-il avec son sourire des plus charmeurs.

— Et après tu oses me dire que c’est faux, je ne suis pas si bourrée que j’en ai l’air, tu sais ? Et mon cerveau fonctionnel encore un minimum ! En tout cas, plus que ce qu’il en a l’air !

— Ça te coûte tant que ça, de te laisser allez ? C’est quoi ton truc : tu désappointes les gens dès le départ et tu es couverte c’est ça ?

— Oui, en gros c’est ça. Je n’ai pas envie de ressentir pour après souffrir.

— Tu es persuadée que tous les gars veulent faire souffrir les filles qu’ils rencontrent. Tu es déprimante, beauté !

 J’ai mes raisons.

— Tu es vraiment tarée. Allez, va te coucher, je vais dormir sur le canapé, tu as de la chance, il est confortable.

— Merci… Euh, dis tu n’aurais pas un t-shirt large ou une vieille chemise pour que je puisse dormir, par pur hasard ?

— Bien sûr, je vais te chercher ça.

 Il me sourit et partit me chercher quelque chose dans une pièce à côté. C’était bizarre cette sensation, j’avais l’impression que cette situation… lui plaisait. Comme si je pouvais vraiment être la seule fille à être rentré ici, c’est tout simplement impossible. Il a bien dû avoir des copines avant, il devait bien les voir quelque part. Ouais, chez elles sûrement !

Mais il avait raison, je devais arrêter de me poser des questions comme ça et faire confiance aux gens autour de moi. Ils ne doivent pas tous vouloir me faire du mal. Il se pouvait bien qu’il y ait des gens bien dans ce monde. Des gens dignes de confiance et d’intérêt.

Pourquoi ne pas lui faire confiance ? Laisser faire les choses ? Mettre un peu de piment et de bonheur dans ma vie. Me laisser aller à rêver au prince charmant comme le ferait une enfant. Juste profiter de l’instant présent, celui de me retrouver seule dans la chambre d’un jeune homme magnifique, dormir dans son lit, entouré de son odeur, dans ses vêtements. J’étais peut-être folle, mais je crois que je n’aurai pu être plus heureuse de la fin de la soirée.

Le seul bémol, ne pas avoir pu profiter de mon meilleur ami. Mais il ne dira rien quand il saura ce qu’il s’est passé, enfin je crois.

— Tiens, je n’ai pas plus large.

— Ah merci, c’est parfait. Dis, tu es sûr que tu ne veux pas que je prenne le canapé.

— Tu es folle ou quoi ? J’ai encore un minimum de principes ! Va dormir, vilaine fille ! Dépêche-toi !

— D’accord ! Je me rends. Je ne vais pas oser te tenir tête, je sens que je vais passer un sale quart d’heure sinon !

Le sourire malicieux aux lèvres, je le regardai évoluer afin de se préparer un semblant de lit, jusqu’à ce qu’il darde sur moi, un regard plein de sous-entendus.

— Exact ! Dors bien beauté…

— Toi aussi.

Le sommeil ne vint pas aussi rapidement que je l’aurai espéré. J’aurai bien continué à parler avec lui. Pour une fois, j’avais envie de me confier à quelqu’un. C’est la première fois depuis longtemps que je ressentais quelque chose comme cela. Comme une certitude que je pouvais lui faire confiance. Au moins pour lui parler.

Le temps passa, j’entendis sa respiration devenir plus calme, se ralentir, plus profonde. J’essayais de me caler dessus, de me calmer en somme. J’aurai voulu que pour une fois mon cerveau arrête de fonctionner à trois cents kilomètres-heure et qu’il se focalise sur l’instant présent (sans pour autant échafauder des tas de théories et des tas de films). En fait, qu’il ne veuille qu’une seule chose, dormir, et éviter l’insomnie pour une fois !

Qu’est-ce qu’il y a de mal à vivre dans le rêve, de toute façon ? Depuis toujours j’adore rêver. Je m’inventais des histoires. Le rêve amenait à l’espoir, et l’espoir fait vivre comme on le disait si bien. Il a-t-il vraiment un mal à ça ? Je suis une grande guerrière qui protège un peuple. Et même parfois, je suis une princesse vengeresse, à la recherche d’un objet qui rendrait à son peuple la grandeur d’antan. Ou juste une simple jeune femme qui doit trouver un mari pour pouvoir régner. Le rêve n’est pas la plus belle chose qu’il nous ait été donné de faire ?

*

* *

J’étais assise devant une magnifique coiffeuse de style Louis XIV (pour vous donner une idée de ce que ça peut donner). Derrière moi, je vis une femme affairée à coiffer mes cheveux longs et bouclés pour les relevés dans un chignon élégant et raffiné. Mes yeux couleur émeraude étaient mis en valeur par un léger maquillage, j’arborais une longue robe blanche agrémentée de toutes sortes de pierres précieuses qui longeaient le col comme un collier de diamants.

Je savais au fond de moi-même que le but de cette soirée était important. Je ressentais une certaine colère à l’idée d’y participer. Pourquoi mon état de colère, ça je n’arrivais pas à le comprendre.

— Mademoiselle, quels bijoux allez-vous mettre, pour cette soirée ? Votre mère m’a fait savoir qu’il faut que vous soyez absolument irréprochable pour ce soir. L’enjeu est très important pour vous, n’est-ce pas ?

— En effet, Symphonie. Mais je ne me peux me résoudre à une telle alliance. Je dois trouver le moyen d’y échapper. Et pour ce qui est des bijoux, une paire de diamants pour mes oreilles devrait suffire, la robe est déjà suffisamment décorée.

— Mademoiselle, il n’est pas convenable que vous vous enfuyiez.

— Je ne cherche pas ce qui est convenable. Je souhaite juste être heureuse. Et si pour cela je dois renoncer à ma place dans cette société, alors ainsi soit-il. Ma sœur prendra ma place.

— Je suis désolée, mais j’ai ordre de vous maintenir ici contre vents et marées. J’ai même le droit de vous attacher, s’il le faut. Vous devez participer à cet évènement.

— Je n’aurai jamais pu croire que même toi tu me trahirais.

— Ce n’est pas de la trahison. Je protège mon peuple rien de moins. C’est aussi mon devoir. Et le vôtre est de trouver un époux ce soir, et donner à ce royaume la meilleure souveraine qu’il n’est jamais existé. Tel est votre devoir. Tel sera votre avenir.

— De toute façon, vu que tu es prête à me violenter pour arriver à tes fins.

La trahison par ma propre femme de chambre, elle que je considérais comme une amie. Tout ça pour que je me marie avec un homme que je ne pourrais aimer. Tout ça parce que ce royaume – et ses règles archaïques – m’obligeait à prendre époux pour pouvoir régner. Un endroit où le pouvoir se transmettait de femme en femme, de mère en fille, devait quand même avoir l’appui d’un homme, alors qu’il n’y avait pas sa place ici. Je haïssais ce qu’on me demandait. Je n’étais même plus maîtresse de ma propre vie.

La vie sera des plus douces quand même. Quand on y pense, ce n’est pas parce que je n’aime pas cet homme que forcément, ce sera une horreur. Et peut-être qu’il finira par me plaire. Même si je savais que c’était totalement impossible. Non, non je ne pouvais pas, j’avais promis… Je lui avais promis…

Toutes ces questions me minaient le moral, je n’étais pas d’humeur pour me confronter à ma mère, pour ces prétendants. Je ne connaissais pas la manière donc il faille que j’agisse dans ces conditions… Devais-je aller les voir et prendre les devants au risque de paraître beaucoup trop avenant, ou devais-je à l’inverse les laisser venir à moi au risque de paraître froide ?

Que faire ? Que dire ?

Je restais enfermée dans mes appartements presque la moitié de la soirée. Je ne pouvais pas partir, mais ça ne voulait pas dire que je doive forcément y aller. On me cherchait partout, et le seul endroit où ils n’avaient pas pensé à venir me chercher était l’endroit le plus simple. Bon en fait, peut-être que ma cachette avait été découverte depuis un certain temps, mais que je m’étais enfermée. J’attendrai le dernier moment pour sortir, en prétextant sûrement un évanouissement. Enfin tout cela, c’était sans compter la présence de ma mère. Et oui, ma mère, la reine, celle dont tout le monde avait peur, avait toujours le chic pour arriver à avoir ce qu’elle voulait, en particulier lorsqu’il s’agissait de moi. Je savais qu’elle voulait que je me marie et que rien au monde ne puisse la faire changer d’avis, et moi non plus. Il m’était impossible d’ignorer ce qu’elle désirait tout comme le lui accorder.

Aller à l’encontre des lois de ce royaume était tout bonnement inconcevable. Ainsi, d’ici quelques jours, je serai fiancée, et d’ici quelques mois, mariés.

— Ma fille, il est temps. Que tu sois présentable ou non, tu vas venir et tu vas te laisser admirer par ses hommes, je te laisse trente secondes.

— Je…

— Tu devrais te dépêcher, tu n’as même pas le temps d’ouvrir cette porte. Sinon, je te promets que tu vas le regretter. Vingt secondes.

— Et ça changerait quoi ?

— Cinq secondes.

Je capitulai, sortis de la chambre et l’on m’escorta jusque dans la grande salle.

Des rideaux de velours nous séparaient de tous les hommes, ma mère s’approcha de moi, et me donna le pendentif familial. L’objet qui avait le plus de valeur du royaume. Une magnifique rose en diamant. Elle me regarda, m’embrassa sur le front en me souhaitant bonne chance. Intérieurement, je la maudissais de me faire subir cela. Mais c’était aussi son rôle de reine et de mère. Je la comprenais, sans pour autant l’accepter. Quelques secondes plus tard, je me retrouvai sur le devant de la scène. Tous les regards se tournèrent vers moi. Je me sentis m’empourprer et mes jambes menaçaient de céder sous mon poids, mais je tins bon et fis honneur à mon sang.

Que le spectacle commence.

© (Tous droits réservés)

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4 réflexions sur “Theodora Roselyne – Chapitre 3

  1. Coucou 😀 Me voici pour la suite.

    J’aime toujours autant, cependant, juste un petit défaut de mon point de vu, je trouve qu’il manque quelque chose. Je précise qu’il ne s’agit que de mon avis personnel, mais lire des histoires de bar, de shopping, de boite de nuit et tout le tralala des bonnes copines n’est pas trop pour moi. Ce n’est pas ce que je recherche en lisant un livre. Je te rassure, ton histoire est passionnante et je lui trouve beaucoup de qualités. Sauf que j’ai trouvé ce début de chapitre, la grande moitié du chapitre en fait, un peu « ennuyeuse ». Ce terme n’est pas très glorieux, mais je ne sais pas trop comment m’expliquer, lol. Ne m’en veut pas surtout.

    Par contre, j’ai adoré cette fin de chapitre 🙂 Je la trouve beaucoup plus intéressante.

    Après, les goûts et les couleurs, cela ne se discute pas. Je sais que ton histoire a un gros potentiel (je ne lirai pas sinon :P), juste quelques trucs qui ne sont pas…mon truc, lol. Donc, rassure-toi, cela ne vient pas de toi, c’est plus mon ressentit.

    Gros bisous 🙂

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    • Ahah, mais je ne me vexe pas, bien au contraire. Je m’explique juste, c’est assez important en fait dans l’histoire, parce que ça explique pour beaucoup le passé un peu trouble de mon personnage principal, et de la mise en place de l’histoire futur. Tu vas voir dans les prochains chapitres que l’on va passer à un registre tout autre et beaucoup plus sérieux qui va pour beaucoup expliquer ces petits intermèdes « soirée ».
      Voilà voilà 😉
      Des bisous !!

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      • Ouf, heureusement ^^. Je sais que certains se vexent, alors je me méfie maintenant. Il m’est déjà arrivé de me faire « disputer » (pour rester polie) parce que j’ai dit quelque chose qui n’a pas plu ^^.
        Ton avantage, c’est que tu décris bien les scènes. Du coup, même si j’aime moyennement ce passage, cela ne m’a pas dérangé pour autant 🙂
        J’ai hâte de lire la suite. J’y vole 😛

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