Theodora Roselyne – Chapitre 9

Nous étions là, tous ensemble, prostrés devant le bâtiment complètement désert qui nous avait été indiqué comme étant celui gardant Amélia prisonnière. J’étais sidérée. Comment avaient-ils pu se tromper à ce point-là ? Ils nous ont envoyés à un endroit où il ne risquait pas d’avoir grand-chose d’autre que des rats ?

Nous avions, en désespoir de cause, fouillé tout le bâtiment de font en combles, utilisé un détecteur de chaleur humaine et même les rayons X, mais rien n’y avait fait. Le bâtiment était bel et bien vide.

— Pourquoi est-ce qu’on est encore là ? s’impatienta Ambre. Je ne vois pas à quoi ça sert ! On devrait aller la chercher ailleurs, non ?

— Ce n’est pas aussi simple que ça, répondit Nate. D’après nos sources, elle devrait être là. Ce que je ne comprends pas, c’est pourquoi ils nous auraient menti. Et merde ! Comment ont-ils pu me faire ça ? C’est de ma petite sœur dont il s’agit, après tout. Ma petite sœur ! Elle n’a même pas vingt ans…

Ma réaction fut instinctive, je m’approchai de lui et lui serra le bras. Je savais que trop bien la sensation que l’on pouvait avoir en perdant un être qui nous est cher. J’avais la désagréable impression d’être un ovni, les filles me scrutaient avec des yeux ronds. Bon, c’est vrai que je n’avais pas été tactile avec un mec depuis genre mille ans, mais quand même, elles pouvaient au moins faire un effort pour être discrètes ! La perspective de voir Nate souffrir avait soudain pris une importance plus que particulière dans mon cœur, comme s’il n’y avait plus rien d’autre qui ne comptait.

Et rien autre ne comptait !

À ce moment, il n’y avait rien d’autre. Je ne pensais qu’à lui et à sa sœur. Et même si aujourd’hui, l’impression que je n’étais pas encore prête pour tout ça, était toujours très présente, je sentais que n’ai au fond de moi, les prémisses de quelque chose que je pourrais appeler une relation… Et, pour une fois, ce ne serait même pas unilatéral.

Comment le savais-je ? Je l’ai compris au moment où il a lié ses doigts aux miens. Ce moment où, il m’a fait comprendre qu’il avait confiance en moi, en nous. Qu’il ait réussi à se confier à quelqu’un, du moins à faire passer des sentiments autres que ce qui nous avait liés jusqu’à maintenant.

C’était plus fort, plus intense. Je sentais son cœur battre, le sang taper dans ses tempes. Je sentais sa panique et sa détresse de ne pas savoir où ils ont pu emmener sa petite sœur. Je sentais aussi, une dualité de sentiments assez importante à mon égard. Il luttait, non pas entre l’envie d’être avec moi et de partir en courant pour ne pas avoir à assumer les responsabilités de nos passés. Mais plutôt entre, retrouver sa petite sœur, et laisser tomber et s’abandonner complètement avec moi

Dans ces moments-là, il faut faire des choix cornéliens. Le truc, c’est que voyant l’énergumène, il serait bien capable de faire pencher la balance pour la deuxième option, du moins son corps penche vers cette solution. Sa raison elle, savait qu’il était urgent que l’on retrouve sa sœur. Ce qui me dit que le reste ne sera que parti remis.

Finalement, j’eus peur d’avoir sous-estimé l’importance de cette mission. D’avoir sous-estimé la difficulté de retrouver cette jeune femme. Et de voir, son grand frère pétrifier, à l’idée de ne pas pouvoir serrer à nouveau, sa chère petite sœur, dans ses bras. Celle qui restait le seul souvenir d’une vie de famille heureuse, alors que ses parents et sa grand-mère étaient morts depuis plusieurs années. Lui qui connaissait depuis toujours son destin, celui de me trouver, celui de me sauver, de m’aimer… Et moi, qui me suis demandé pendant des années qui j’étais vraiment. Je savais en un sens que j’étais un peu à part, que j’avais quelque chose de particulier. Qui aurait pu un jour imaginer un truc comme ça.

Depuis l’instant où, mes yeux étaient tombés sur les siens, ma vie avait complètement basculé. Enfin, j’avais enfin trouvé le sens de ma vie. Il avait redonné un sens à ma vie.

Entre-temps, il fallait retrouver Amélia, et par tous les moyens. Juste pour qu’il retrouve enfin la petite étincelle qui m’avait fait chavirer au premier instant.

Je décidai alors de prendre les choses en mains. Ça suffit de tout déléguer aux autres pendant que je profitais de mon idylle naissante. Je faisais partie de la meilleure équipe d’action de l’agence, j’étais parfaitement capable de me bouger les fesses, de laisser tomber la niaiserie et de retrouver quelqu’un.

Après plusieurs dizaines de coups de fil passés de retour dans ma suite, je réussis à avoir de nombreuses informations au sujet de la dernière journée d’Amélia dans la capitale.

Durant ce mercredi 15 mai, elle a assisté à ses cours de droits et de journalisme à travers l’histoire qui lui ont pris une grande partie de sa journée. Ensuite, elle avait rendez-vous chez son coiffeur comme tous les mercredis de chaque quinzaine de chaque mois. Une vie chronométrée et organisée à chaque moment pour qu’elle puisse vivre correctement et avoir le plus de temps possible pour suivre correctement ses études ! Cependant, elle ne s’est jamais présentée à son rendez-vous, et ce qui la puce à l’oreille de coiffeur qui a tout de suite prévenue Ambre qui, elle, a prévenu l’agence. Elle ne s’est pas rendue chez son petit ami, ni chez elle, ni chez aucune de ses amies après cela. C’est ce qui a conduit toute la petite troupe à Paris.

Je ne savais dans quelles conditions tout cela doit se passer. Après avoir passé plusieurs heures enfermées, à déprimer de ne pas avoir plus de nouvelles que ça, Nate finit par me secouer pour que je sorte quelques minutes au moins.

— Ça fait des heures que tu es là, ouvre-moi !

Agacée par cette énième intrusion dans mon processus de réflexion, j’ouvris la porte avec ma tête des mauvais jours.

— Il faut bien qu’on la retrouve, non ? Et je croyais que tu avais un pass pour toutes les chambres ?

Je me poussai afin qu’il puisse entrer.

— C’était juste pour la forme. Et, je sais bien, mais maintenant je veux que tu lèves tes jolies petites fesses de ce canapé et que tu viennes manger un bout avec moi.

— Nate !

— Maintenant !

Il me prit par le bras et me jeta dans la salle de bain de force pour que je me change.

Quelques minutes plus tard, nous étions dans un restaurant chic de la rue Saint-Honoré à manger un merveilleux hamburger avec un Cosmopolitain.

Même avec une sœur on se sait ou il réussissait à rester lui-même, de bonne humeur et plein d’entrain. Et moi, je suis là, en face de lui, à boire ses paroles. Où était donc passé cette fille si indépendante et fière de l’être que j’étais il y a encore quelque temps. J’en avais la nausée. Trop de guimauve tue la guimauve !

La discussion tourna autour de tous les sujets possibles et inimaginables mis à part quelques petits détails comme sa sœur et nous. Et même si, je savais que je ne devrais pas imaginer parler de ça, je n’ai qu’une seule envie qu’il évoque encore une fois le fait qu’il pourrait tout faire pour m’avoir pour lui. Quoi ? Je suis contradictoire ? Je suis une femme ce n’est pas de ma faute. C’est à celle des hormones !

J’essayais de lui résister. Oui, je faisais tout mon possible pour lui résister. Plus on avançait dans le temps, plus cela m’était difficile. Je crois, oui, je crois que ça faisait longtemps que je ne m’étais pas sentie comme ça. Entière et heureuse. Parce que malgré le fait que tout cela est bâti sur un mensonge et sur un kidnapping, j’étais enfin prête à me laisser aller à quelque chose auquel j’avais renoncé depuis bien longtemps maintenant ?

On marcha tranquillement dans les rues parisiennes un long moment. Ce n’est qu’en arrivant devant la fontaine de la Concorde que les choses changèrent pour de bon. Le vent printanier fit voleter mes cheveux et ma robe devint bien trop légère pour la température qu’il faisait au-dehors. Nate me prit dans ses bras.

La surprise m’arracha un petit cri qui le fit rire. Il passa sa main dans mes cheveux, et comme à son accoutumé, il me prit le menton pour que je le regarde dans les yeux. Ses yeux bleus qui brillaient d’une nuance translucide, mêlant tendresse et espièglerie. Je ne pus m’empêcher de le laisser faire, regrettant amèrement tout ce temps que j’avais passé loin des hommes et de ce qu’ils pouvaient éveiller en moi.

Les femmes de nos jours avaient la fâcheuse tendance de ne plus se laisser aller à l’amour, depuis qu’elles avaient compris que quoi qu’il arrive, elles seraient toujours les dindons de la farce des hommes. Quand on est une célibataire, à n’importe quel âge, notre seule et unique préoccupation est de se trouver un homme. Le problème c’est qu’une fois qu’on l’a trouvé, on ne peut s’empêcher de tout foirer, parce qu’à cause de tout ce qu’on a pu entendre, tout ce que nos amies ont pu vivre, et toutes les mauvaises aventures, l’on sait que, si l’on n’agit pas, on le perdra. Ainsi, plus on se bat pour le gagner, plus on a de chances de tout gâcher. C’est une loi de la physique, on perdra forcement ce qu’on s’est temps évertuer à gagner.

En quelques secondes, la température passa de milieu de printemps à plein mois d’août sur les plages de Saint Barth. Et au lieu de faire en sorte d’être inaccessible, chose à laquelle, du reste, je parvenais habituellement plutôt bien, je me laissai faire. Ou plutôt, je le laissai faire. Aurait-il pu en être autrement, de toute manière ? Il était bien trop doué pour moi.

Alors, il embrassa et m’entraîna avec lui vers l’hôtel…

Je laissai ses mains douces et chaudes retirer mes vêtements, pendant que ses lèvres continuaient à s’activer… Mes lèvres, mon cou… Tout ce qu’il faut pour me mettre dans tous mes états en quelques secondes… Il me déposa délicatement sur le lit. Et une chose en entraînant une autre, il se retrouva sur moi… Il se mut avec précision, et délicatesse, comme s’il avait peur de me brusquer et de m’effrayer. Je n’avais jamais été du genre passif dans ce genre de moment, je testais juste la personne qui est en face de moi avant d’agir réellement ! Et pendant ce moment où la délicatesse se mêla avec l’amour et la fougue de la jeunesse, je nous laissai le temps de nous découvrir.

Je pris le temps de savourer le moment, et ainsi au moment où nos corps se rencontrèrent réellement. C’est comme s’ils se reconnaissaient… Il n’y eut rien de vraiment inconnu, sans être pour autant connu. J’ai réappris à connaître une des choses essentielles que j’avais oubliées depuis longtemps. Mais à quel prix ? Une vie ? Un avenir ? L’avenir d’une nation ? Et tout ça pour quoi ? Pour l’amour, le grand frisson ? Est-ce que ça sert vraiment à quelque chose ?

J’osai dire que oui ! Il était temps que je me laisse aller, que j’accepte enfin d’être heureuse et aimer.

*

* *

J’étais bien, là, dans ses bras forts et musclés. J’ai l’impression que plus rien ne pourra jamais m’atteindre. En fait, si je pouvais passer ma vie au creux de ces bras, et bien, je serais bien heureuse. Mais malheureusement, nous avions un travail, tout ce qui s’est passé ne doit pas nous empêcher de mener à bien notre mission. À vrai dire, c’est plus important que tout. Il avait réussi à me distraire, bien que ce soit pour la « bonne cause ». Mais je n’étais pas sûre que ce soit la meilleure façon possible pour bien faire notre travail.

Je regardai l’heure, mon téléphone m’indiqua trois appels manqués de mon patron.

— Et merde.

Je me levai en quatrième vitesse et enfilai ma tenue tout aussi rapidement, et écoutai mes messages.

— Ils l’ont trouvé. On y va Nate, maintenant.

Quelques heures plus tard, nous étions dans le quartier chinois, centre Pierre Mendès France. Cette université de Paris, était l’une de celle que l’on dit les plus côté. Le problème c’était que quand on voit à quoi elle ressemblait, on se pose réellement des questions. Cet « immeuble », si toutefois nous pouvons lui accorder ce terme, est un bâtiment de 22 étages, séparés en trois blocs, superposés les uns sur les autres en décalé. Il faut dire ce qu’il est, c’est réellement hideux. On ne peut pas imaginer, qu’un bâtiment vétuste comme celui, puisse faire partie de la prestigieuse Sorbonne. Encore moins quand on voit la pancarte, près des fenêtres, « ne pas s’approcher, risque de chutes des fenêtres ».

Le message indiquait très clairement qu’il est possible qu’elle soit quelque part par là. Et la réponse se fait tout de suite voir. Elle était en effet là, sur le toit. Environ 130 mètres au-dessus de nos têtes, on aperçut, sur le détecteur de chaleur trois personnes en plus d’Amélia, ses geôliers à première vue.

*

* *

Nous étions à quelques centaines de mètres de là où elle se trouvait, nous aussi sur le toit d’un immeuble, plus haut que celui de la fac. Dans cette mesure, nous avions la certitude d’avoir une vue d’ensemble sur le terrain aux alentours et de ne pas être vus par les ravisseurs. Il suffisait cependant qu’ils soient eux aussi munis de matériels performants comme le nôtre et s’en était fini de la mission sauvetage. Déjà, prévoir un plan d’attaque en essayant de ne pas simplement « tuer tout le monde et de voir ce que ça donne » était compliqué. Mais, non, là nous devions sauver une vie. On pouvait en effet se contenter encore une fois, de tuer tout le monde et basta, c’est un plan simple qui nécessitait simplement de tirer sur tout ce qui bougeait sans réellement se soucier des conséquences : soit Amélia. Avec cela équivalait : nous mettre en danger en essayant de la sauver.

Le débat allait être compliqué. Le temps que l’on se prépare, l’équipe de Nate nous avait rejoints. Elle se composait de deux garçons de plus : Antoine, un grand brun, bien fait, épaule large et taille fine. Et Matthieu, un roux taillé dans le même moule. Nous avions appris qu’ils avaient tous les deux capacités « spéciales », mais nous ne connaissions aucunement l’étendue de ses « capacités ». Ils n’étaient apparemment pas non plus du genre à s’épancher là dessus. Voire, à s’épancher tout court, en fait.

Depuis qu’ils étaient arrivés, c’est-à-dire, il y a presque quatre heures, ils n’avaient décroché un mot à personne mis à part qu’à leur chef. Le « bonjour », que l’on reçut fut plus que bref. Il y avait toujours eu des problèmes entre les équipes masculines et féminines. Mais là, j’avoue que ça dépassait les Ouï-dire. De toute évidence, les hommes aux certaines capacités ne se mélangeaient pas avec les femmes qui commençaient à peine à comprendre qu’elles étaient elles aussi un peu spéciales. Les femmes ne devaient pas être dignes de faire partie de leur équipe. Ou d’une équipe tout court en fait. Bande de machos mal tronchés !

Malheureusement pour eux, je ne suis pas du genre à me laisser marcher sur les pieds.

Les filles et moi avions mis des années avant de se faire une place dans le milieu, dans cette agence. Il était hors de question que des mecs bourrés de testostérone et d’égo changent quoi que ce soit à cela.

— On peut essayer de se poster aux extrémités, suggéra Lola, il faut les encercler, de façon à pouvoir les prendre de face et à revers. Je doute qu’ils puissent être sur tous les fronts en même temps, on a l’avantage du nombre, autant en profiter. Ils n’ont pas l’air très organisés et de ce que l’on peut voir, ils ne sont pas très armés non plus. Avec un peu de chance, ils sauront aussi peu se servir de leurs armes que de leurs cerveaux.

— Voilà un plan merveilleux, ironisa derrière elle Matthieu !

— Et le monde est plein de bisounours, compléta Antoine.

— Le tout est de savoir ce dont ils sont capables, tout en gardant à l’esprit que de toute façon, s’ils nous surprennent avant que l’on arrive c’est la vie d’Amélia qui est en danger. À mon avis, ils n’hésiteront pas à la tuer avant qu’on ait eu le temps d’arriver, continua Séléna faisant abstraction des deux crétins derrière elle. Je suis sûre qu’ils se doutent de notre arrivée et c’est pour ça qu’ils sont ici. Ils ont un moyen de pression très simple : « on pousse la petite sœur chérie à son grand frère dans le vide. »

— Quelle perspicacité, tu crois qu’elle a fait Saint Cyr, lança alors Antoine à son compatriote.

— Ou alors, elle s’est fait greffer un cerveau, c’est rare qu’elles s’en rendent compte si tôt, lui répondit l’autre.

En voyant le manque de réaction du chef de l’équipe masculine face à la tentative honteuse des deux autres Jean-Jacques derrière, je décidai qu’il était temps de réagir. Il y a des choses que je peux bien tolérer, d’autres, non.

— Y a-t-il un problème, messieurs ? demandai-je alors, avec un ton faussement innocent.

Les filles qui connaissaient ma fâcheuse tendance à ne pas supporter que les hommes se sentent supérieurs à nous parce qu’ils avaient soi-disant plus de muscles, savaient, que s’ils disaient quoi que se soit qui ne me conviendrais pas, ils seraient allumés comme des pétards. Nate lui aussi avait arrêté ce qu’il était en train de faire (c’est-à-dire, l’étude minutieuse des plans de l’immeuble pour établir le meilleur champ d’approche possible), et porta son regard sur le spectacle qui était sur le point de se dérouler.

— Absolument pas, répliqua Antoine d’un ton aussi faussement innocent que le mien. Nous nous étonnions simplement de la perspicacité dont vous faisiez preuve. C’est rafraîchissant.

— Et étonnant, conclut le deuxième.

Ils commençaient vraiment à me courir sur le haricot ! Le regard des filles se fixa sur moi, ainsi que celui de Nate. J’arborai encore mon sourire hypocrite. Il est possible que ce soit fini de leur cas. Au revoir petits garçons prétentieux. Bonjour l’humiliation publique.

— Oh, voyons ça. C’est « étonnant », n’est-ce pas ? Mais alors si vous êtes aussi intelligents que ça, allez-y, éclairez nos si médiocres cerveaux. Cerveaux qui accessoirement parlant, font ce genre de chose, depuis… Depuis combien de temps avez-vous été engagés, tous les deux ?

— Trois ans, répondit Matthieu d’un ton qui trahit sans conteste une grande fierté.

Jamais, il n’aurait pu imaginer qu’une femme fasse se métier depuis plus longtemps que lui.

— Oh, trois ans, félicitations ! Mais attend, si je calcule, en prenant comme base que vous avez environs vingt et un ans, vous avez donc commencé à dix-huit, soit si mon calcul est toujours exact, environ huit ans, après, moi. Et cinq après les filles. Donc si toujours mes calculs sont exacts bien sûr, les personnes qui ont à la rigueur le droit de se la ramener ce ne sont pas les petits nouveaux, qui n’ont fait que trois ans de missions. Quand vous aurez vécu ne serait-ce que le tiers de ce que les filles ou moi avons vécu, vous pourrez l’ouvrir. En attendant face à nous, vous êtes encore des avortons. Si vous avez un truc à dire, qui serait intéressant et qui pourrait nous apporter des points positifs dans l’exécution notre plan, je vous en prie, je suis tout ouïe. Mais sinon, vous la fermez et vous exécutez. Et si ça vous dérange d’être sous les ordres d’une femme, c’est la même. On règlera juste ce problème avec le grand patron au retour de cette mission, qui sera, sans aucun doute, couronnée de succès. Est-ce que j’ai été assez claire, messieurs ?

Ils tournèrent le regard vers le chef, qui bras croisés, avait la tête de quelqu’un en colère qui leur conseillait fortement de la fermer.

Mais ce ne fut pas le cas.

Comme pour me tester encore davantage, Antoine plongea sur moi à une vitesse impressionnante. Merci à mes réflexes de folie !

Avant qu’il ne soit arrivé sur moi, je m’étais baissée et j’étais passée derrière lui. Il ne lui fallut que quelques secondes pour s’en rendre compte, mais il était déjà trop tard. J’avais eu le temps de m’emparer de son bras et de le tordre violemment. Il essaya de se défendre avec l’autre bras, mais j’attrapai son poing et le bloqua et façon à ce qu’il ne puisse plus se servir d’aucuns des deux. J’utilisai ensuite de sa propre puissance et vitesse pour le prendre à revers en envoyant le jeune homme voler contre la porte de l’accès extérieur. Il n’eut pas le temps de se relever, que j’étais en face de lui, mon Walther CP99 qui habituellement était soigneusement caché dans la poche spéciale de ma combinaison, pointé sur lui. Le message était clair : « tu bouges, je te plombe. »

Il leva ses deux mains en l’air en signe de reddition. Son camarade l’aida à se relever, et ils me regardèrent tous les deux avec un air ahuri. Je n’aime pas me faire insulter. Je regagnai ma position initiale d’un pas nonchalant.

Les garçons cherchèrent désespérément le soutien de leur chef. Soutien qu’il pouvait apparemment rêver de se voir accorder. Il s’approcha d’eux et n’eut pas besoin de dire grand-chose avant que les deux jeunes hommes ne baissent les yeux et se s’excusent.

— N’en parlons plus, répliquai-je, en essayant en vain de ne pas rire. Mais je vous préviens, la prochaine fois, je ne serais pas aussi gentille. Vous me respectez, je vous respecte, ce n’est pas plus compliqué que cela.

C’est le regard penaud, qu’ils rejoignirent les filles, qui elles se retirent de ne pas exploser de rire. Elles étaient pliées en deux. Ah, j’adore les humiliations publiques masculines, il n’y a rien de mieux pour obtenir le respect de sacs de testostérone. Eh oui mon chou, ce n’est pas parce que tu as de gros muscles, que l’on ne peut pas te prendre à ton propre jeu, il faut utiliser son cerveau parfois.

— Mais où elle a appris ça ? J’ai mal. Elle m’a soulevé comme si j’étais une vulgaire poupée de chiffons.

— Ferme là, je n’ai pas envie d’être le suivant sur la liste. Non, mais mate-moi ce vendu, il n’a même pas levé le petit doigt. Comment a-t-elle fait pour l’envoûter ?

Je tournai la tête et levai un sourcil perplexe. Qui a envoûté qui ?

— J’ai aussi l’ouïe fine, les gars. Ne vous étonnez pas de ne pas recevoir d’aide quand vous jouez aux cons. Ç’aurait été les filles, j’aurais réagi de la même manière.

— Non, tu aurais été plus méchante, renchérit Lola.

Ouais, ce n’est pas faux… 

— Je suis perfectionniste, ajoutai-je en haussant les épaules.

Je me détournai, me concentrant de nouveau sur les plans. Nate, lui continuait de me regarder.

— Qu’est-ce qu’il y a ? lui demandai-je.

— Rien, tu as juste été… époustouflante. Je ne te savais pas capable de telles choses.

— Mais il y a beaucoup de choses dont tu n’es pas encore au courant.

— Il me tarde de les connaître.

Il me sortit son sourire ravageur, celui qui me donnait des frissons, tout en me prenant par la taille pour me ramener vers l’attraction principale de la soirée. En espérant que le bruit de la bagarre n’ait pas attiré l’attention de nos ennemis.

Le manque de réaction de garçons lorsqu’ils regardèrent dans les jumelles à détections de chaleur, me fit rapidement comprendre que mes inquiétudes étaient vaines. Côté armement, le leur était en effet basique. Je commençai seulement à comprendre que nous n’avions pas affaire à des garçons de main comme les autres. Nous ne pouvions pas sous-estimer l’utilisation de capacités magiques. Ou même bien plus simplement d’un entraînement physique suffisamment important pour nous surprendre.

Nous suivrons donc le plan mis en place par les filles. Ils se posteraient derrière nous, dans l’ombre, ombre qu’ils étaient apparemment capables de pouvoir utiliser à leur guise. Je fus bien heureuse d’avoir gagné ce petit duel de domination. Au moins, cela nous permettait maintenant d’avancer dans une plus grande harmonie et sans prise de tête. Chacun connaissait son rôle. La mission pouvait commencer.

© (Tous droits réservés)

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19 réflexions sur “Theodora Roselyne – Chapitre 9

  1. Bonjour,
    J’ai mis du temps à lire désolée….très sympa même si je me suis un peu perdue à un moment Comment ont-ils su ou se trouvait la sœur de Nate??
    Sans te vexer et juste de ma position de lectrice (qui n’a rien contre l’indépendance féminine 😉 ) c’est un thème que tu abordes de manière récurrente et qui, comment dire, ralentisse un peu « l’action »….mais je te suis toujours avec grand plaisir 😀

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