Ecriture·Theodora Roselyne

Theodora Roselyne – Chapitre 10

Nous avions commencé à avancer aussi discrètement que possible, la nuit nous aidait à nous faufiler, nous étions invisibles. Il nous fallut une vingtaine de minutes pour arriver jusqu’au sommet de la tour. Conjuguer la vitesse et la discrétion ce n’avait jamais été ce qu’il y a de plus simple. Arrivés en haut, nous nous étions dispersés suivant le plan que préalablement établi : Antoine et Matthieu restaient à l’arrière et empêchaient les adversaires de s’enfuir par la porte, tout en se décalant de façon à ce qu’ils soient tous les deux à égale distance. Lola et Séléna, les deux plus agiles, étaient, elles, parties de l’autre côté de l’immeuble afin de les prendre de face. Nate lui se chargeait de sa sœur et allait la chercher, quant à moi, je le couvrais du mieux que je pouvais, si les choses se gâtaient pour nous.

Le déploiement se déroula sans trop d’encombres, nous arrivâmes à intégrer nos postes avant que les gardes ne remarquent notre présence. Nate commença à l’approcher de sa sœur, postée en face de lui, je restai vigilante aux trois hommes près d’Amélia.

Elle était là, dos à un mur, les mains et les pieds ligotés et attachés comme une esclave avec une chaîne en maillons de fer, la tête baissée et les yeux ravagés par les larmes… Je l’imaginais se demander pourquoi nous mettions autant de temps pour venir la chercher. Qu’est-ce qui nous avait retenus ? J’ai honte… Honte d’avoir pris du bon temps avec son frère pendant qu’elle… Non, non, je ne pouvais pas de penser à une telle chose, je n’avais pas le droit aux remords, pas dans de telles conditions, plus tard peut être. Nous avions accompli notre devoir. Nous étions tous là, prêts à aller la sauver. La tâche était loin d’être encore réalisée, mais dans quelques heures elle serait libre.

Ou, on sera tous morts.

Possible, mais au moins se sera dans l’exercice de nos fonctions, on aura donc le droit à un bel enterrement avec les honneurs et tout !

La classe quoi !

Le temps d’une seconde, je fus surprise par l’arrivée d’un homme de petite taille, le front dégarni et les cheveux gris, qui s’approchait des trois hommes. Il toucha un des gorilles au bras et s’adressa aux autres. Il était clairement l’Alpha de cette joyeuse petite bande. Et ça n’inaugurait rien de bon. Quelque chose dans cet homme me dérangeait, outre le fait qu’il soit responsable du rapt d’Amélia s’entend. De là où je trouvais, je ne pouvais pas entendre grand-chose, mais Nate qui, bien plus près, y parvenait. En s’espace d’un instant, son expression passa de peur à colère. Une telle fureur m’aurait normalement fait peur, mais quelque chose me disait qu’elle pourrait nous être utile. Puis, ce fut de la détresse que j’aperçus, et cela ne me disait rien qui vaille. On ne peut avoir l’air désespéré lorsque l’on fait notre métier. Une minute d’hésitation et c’est la mort assurée. On ne pouvait se permettre d’avoir l’air désespéré aujourd’hui.

Je quittai alors mon poste et m’adossai contre un parement assez proche de celui de Nate pour pouvoir lui remettre les pendules à l’heure. J’avais décidé qu’il serait mieux que je sois à ses côtés, il a besoin d’être temporisé. Et moi d’un meilleur point de vue. C’est pour cela qu’on ne fait jamais venir sur le terrain quelqu’un qui est personnellement impliqué. On ne sait jamais comme il peut réagir. L’imprévisible et les tueurs professionnels ne font généralement pas bon ménage. Et puis, de toute manière, je ne supportai pas ne pas entendre ce qui se disait. Les paroles même les plus anodines se révélaient souvent d’une importance capitale.

Malgré tout ça, il ne présentait toujours aucun signe d’accalmie, ses yeux roulaient comme des fous, ses poings étaient serrés et son corps tendu, prêt à bondir si l’Ordure (le nouveau petit nom mignon de cet énergumène) touchait encore à un cheveu d’Anya. Je me concentrai sur lui, tout en me mentionnant en boucle dans la tête que je ne pouvais me permettre la moindre erreur.

— Ils sont là pour toi, articula-t-il. C’est toi qu’ils veulent… Je suis désolée de t’avoir entraîné là-dedans, il faut que tu te sauves et vite.

— C’est hors de question.

Réponse claire, nette et précise.

— Je t’en prie, Ely. Ne m’oblige pas à te faire du mal pour que tu partes d’ici.

— Tu m’as bien regardé ? Je t’ai dit non ! Je reste ici, un point c’est tout. Je suis venue pour sortir ta sœur de ce merdier, et c’est ce que je vais faire. Je n’en ai strictement rien à faire que tu sois d’accord avec moi ou pas. J’ai une tâche à accomplir, je vais la mener au bout.

Je ne m’attardai pas sur l’expression de ses yeux. J’avais d’autres chats à fouetter. Bon OK, pour être tout à fait honnête, ils m’envoyaient un message que je n’étais pas forcément prête à entendre, en tout cas pas maintenant.

« La concentration est le maître mot d’une mission réussie ». Je me répétai ce mantra comme une roue de secours, un dernier appel avant de faire tout capoter. J’étais bien plus forte que ça, je ne devais pas me laisser aller.

Non.

À aucun moment, je n’ai le droit de me laisser aller à de la vulgaire sensiblerie.

L’homme s’avança vers Anya et Nate en était que plus agité. Dans le fond, il savait que s’il agissait maintenant, c’était la vie de sa sœur qui était en jeu. Mais dans la forme, voir cette ordure de première s’avancer vers elle, et lui prendre le visage entre les mains me rendit aussi folle de rage que lui. Je ne supportai pas de le voir la toucher. Imaginer ce qu’il aurait pu lui faire pendant ces quelques jours me donna presque la nausée et je dus me retenir pour ne pas aller lui briser la nuque sur le champ. Oui, se sont des choses que je fais, briser des nuques. Sexy, hein ?

Notre plan n’était de toute évidence, pas à toute épreuve. L’arrivée de ce nouveau joyeux luron compliquait les choses. Sa présence seule semblait exciter ses hommes de main. J’espérai juste que ce n’était pas des gâchettes faciles, sinon nous pouvions dire adieu à notre fin heureuse.

Je décidai alors qu’il était tant d’agir. Il était temps, nous ne pouvions pas attendre ici cent cinquante ans, sous prétexte qu’un nouveau gugusse s’était invité à la fête. Après tout, nous avions toujours l’avantage du nombre. Ce n’est pas une chose que l’on pouvait négliger.

Suite à un certain nombre de déductions, j’ai compris qu’ils n’avaient attaqué Amélia que dans l’espoir que mon équipe serait dépêchée sur le terrain. Après tout, il me voulait. Mais dans ce cas, pourquoi s’attaquer à Amélia plutôt à Ambre, cela aurait été un moyen beaucoup plus simple pour me faire venir ici ? A moins, qu’il voulait que Nate soit aussi témoin de ce qu’il était sur le point de se produire. Cet homme était soit en rapport avec mon passé d’espionne, l’aurai-je envoyé en prison ? Soit de quelqu’un au courant mon autre vie. Quelqu’un d’attiré par le pouvoir, de suffisamment puissant et avec suffisamment de relations pour nous avoir attirés dans ce guet-apens. Il était donc forcement au courant des actions de l’agence. Nous avions une taupe. Est-ce qu’Édouard… ? Non, non, non ! Ce n’est pas possible, pas lui. Il ne pouvait pas avoir fait ça… Lui que je considérais comme, mon père. Et de toute manière, comment pourrait-il être au courant de quelque chose dont j’avais connaissance depuis quelques jours à peine ?

C’est tout bonnement impossible… Et pourtant, je ne voyais que lui…

Je bougeai discrètement et me dirigeai vers les portes. Les garçons se déplacèrent avec moi, sans même avoir reçu un ordre de leur chef. Ou alors je ne l’avais pas entendu, mais quoi qu’il en soit, les faits étaient très clairs. Ils me couvraient.

Je distinguai, au fur et à mesure de mon avancée vers Amélia, une sorte d’ombre m’entourer. Une écume noire, dense et presque palpable, qui me protégeait. Je regardai les garçons, Antoine sourit et Matthieu haussa les épaules l’air de dire « qu’est-ce que tu veux ? On ne laisse pas les siens sans protection ! » Et non sans un clin d‘œil, il me fit signe de continuer. J’étais plutôt fière de moi. Finalement, j’avais réussi à nous faire accepter juste en jouant des poings. Il en faut peu aux garçons pour déclarer quelqu’un digne de leur confiance. J’avais réussi la plus belle des choses.

Maintenant, nous étions une équipe.

Je me sentis me pousser des ailes au fur et à mesure que je rejoignais ma nouvelle position. Je ne savais pas vraiment ce que faisaient les garçons, mais c’était sacrément efficace pour la confiance en soi. Bonjour, je me sens comme une déesse ce soir, et je suis prête à vous casser la figure ! Il était possible que l’allégresse que me procurait cette nouvelle alliance m’aveuglât un peu, mais j’avais l’étrange impression que tout ceci m’était familier. Comme une impression de déjà vu qui vous prend aux tripes tellement elle est importante. Il y avait quelque chose… Le même ennemi, les mêmes alliés, une époque totalement différente. C’était extrêmement troublant. Assez pour que je trébuche sur une canette de bière. Je la rattrapai avant qu’elle ne fasse plus de bruit et cessai presque de respirer en priant tous les Dieux du ciel que personne ne m’ait entendu. Une erreur de débutant, c’était bien la dernière chose dont j’avais besoin ce soir.

À la lisière de mon champ de vision, les filles se mettraient en position de combat. Les ténèbres des garçons commençaient à envahir les lieux. C’était le signe imminent que la bataille allait bientôt commencer, il ne manquait que l’approbation des deux chefs d’équipes. À nous de prouver maintenant que nous étions dignes de notre réputation.

Je respirai un grand coup, sorti mon Walther CP99 de son étui et préparait à m’élancer. Nous avions très peu de temps, mais ce devrait être suffisant pour nous en sortir vivant ce soir. Du moins, c’est tout le mal que je nous souhaitais.

Nous fîmes signe en cœur à nos équipiers, et nous levâmes. L’assaut était lancé. Priorité, ramener Amélia à son grand-père ce soir.

*

* *

Nous nous redressâmes. Le brouillard noir envahit le moindre espace, et s’éleva haut dans les airs. Soudain, une voix d’outre-tombe résonna. Le choc de sa puissance mentale me fit presque tomber à genoux. Je regardai de tout côté pour essayer d’en définir sa provenance. Personne ne sut d’où elle venait, jusqu’à ce que l’Ordure s’avance et se cramponne entre Amélia et son frère qui avait réussi à se faufiler à la vitesse éclaire jusqu’à elle. Les yeux implorants de la jeune fille me déchirèrent le cœur. Jamais, je ne m’étais senti aussi proche d’une des victimes et mon instinct me soufflait que ce n’était vraiment pas une bonne idée.

— Vous croyez vraiment que c’est, deux anges déchus, deux gardiennes et un prince qui vont m’empêcher de réclamer mon dû, glapit-il. Il m’a fallu des siècles pour retrouver la trace de la fameuse princesse et voilà que maintenant que je l’ai sous la main, vous croyez pouvoir m’échapper. Cruelle erreur. Je ferais en sorte que mes desseins se réalisent enfin !

Je sentais la main de Nate se crisper autour de mon bras et me tirer violemment derrière lui. Comment diable avait-il pu se déplacer aussi vite ? Il était à plusieurs mètres de moi quelques secondes auparavant.

— N’y va pas, gronda-t-il. Ne bouge pas d’ici.

Je n’avais jamais senti quelque chose aussi fort chez lui. Il y avait quelque chose qui bougeait sous la surface de sa peau, quelque chose qui voulait absolument sortir. Ses yeux étaient presque translucides. À ce moment présent, j’avais beaucoup plus peur de ce qu’il était que de l’homme qui maintenait sa sœur en captivité. Au moins, lui je savais ce qu’il était, alors que le garçon que je commençai à aimer restait pour moi une énigme totale.

Et comme une mauvaise nouvelle n’arrivait jamais seule. Je commençai à sentir mon esprit comme aspirer en dehors de mon corps. C’est une impression fortement désagréable qui me déclencha une crise d’angoisse qui aurait battu tous les records jusqu’alors établis. Je résistai de tout mon corps, dans une lutte qui me prenait bien plus que mes ressources d’énergie.

Je ne partis pas, mais au lieu de ça, des images se pressèrent dans mon cerveau, alors que la poigne de Nate se renforçait autour de mon poignet.

*

* *

Il y avait le feu, la guerre et la souffrance. Tout autour de moi, tout était aussi terne que le ciel, noir et mort… Une odeur de soufre et de cendre me prit à la gorge… J’étouffai. Il n’y a plus de vie, plus rien. J’eus du mal à reconnaître mon propre royaume… Enfin celui de Theodora. Le mien quoi… Il n’y avait plus rien des couleurs claires et chatoyantes, du bonheur et de la prospérité qui rayonnaient à travers les jardins luxuriants et les voix des sujets chantants et jouant à travers les bois. Rien n’était pareil. Tout était différent.

J’entendis au loin le ricanement d’un homme, une voix d’outre tombe à l’instar de celle de l’Ordure. L’homme se tenait près du trône d’Eleonore. Le corps de la reine gisait à ses pieds, une marre de sang se formant au rythme des derniers battements du cœur de la reine. Une jeune femme la regardait mourir, elle ne vint pas l’aider, non elle observait le dernier soupir de la reine avec une expression de jouissance sur le visage. C’est forcément eux, les seuls êtres heureux parmi un océan de désolation.

En cet instant, tout mon être était prédisposé à les haïr pour les pertes et la douleur qu’ils avaient causée. Pour la détresse et la souffrance. Je ressentis ce besoin terrifiant de courir vers la femme qui m’avait mise au monde, de la prendre dans mes bras et la bercer jusqu’à ce que tout soit fini. Je ressentis le besoin de faire tomber les têtes de ceux qui avaient détruit ce havre de paix que j’avais imaginé être le royaume de mon enfance. Je hurlai ma détresse, ma colère, mais rien ne sortit, ils étaient tous sourds à mes supplices. Seules, mes larmes de frustrations coulèrent le long de mes joues. J’allai les tuer pour cela, peu importait le temps que cela me prendrait. La princesse en moi hurlait à la vengeance et je hurlai avec elle. Personne ne pourrait m’arrêter. Je les exterminerais tous jusqu’au dernier. Et le dernier sera l’Ordure, il regrettera le jour où sa mère l’a mis au monde. Aujourd’hui, on m’avait appris des techniques d’interrogatoire qui frisait très souvent avec l’illégalité. Rien ne m’interdisait de faire moi-même pencher la balance du côté obscur de la force.

L’homme hurlait sur ses hommes de retrouver la princesse : sans son pouvoir, il lui était impossible de contrôler l’intégralité du royaume. Il ne pouvait pas, parce qu’il ne possédait pas les qualités que le royaume lui-même requérait au souverain. C’est un royaume exigent la Roseraie.

Les créatures ne répondront pas un monstre aussi puissant soit-il, mais plutôt à celui qui aura la force et l’intelligence de comprendre qu’on ne pouvait contraindre qui que ce soit. L’harmonie des vies était un élément important dans cet univers, et il ne pourra jamais comprendre cela, assoiffé comme il l’était de pouvoir et de puissance. Il aura beau tout faire, la terre mourra sous son règne, les créatures s’enfuiront, les hommes périront de faim.

Famine, pandémies et mort voilà ce qui attendait cette terre autrefois prospère. À cause d’un seul homme, qui n’avait pas compris quelle était la force du sacrifice, et du don de soi.

Ce n’est pas de la puissance des pouvoirs de Theodora dont a besoin l’Ordure, mais son cœur et sa générosité, elle était le cœur et le poumon de la Roseraie. Et ça, la mort de la princesse ne pourrait lui permettre de le comprendre. Pourtant c’est bien ce qu’il se passa. Lorsqu’ils apportèrent le corps de Théodora, il était trop tard pour elle. Elle ne répondit à aucune de ses questions. Son regard était empli d’une haine et d’un mépris qui me donnèrent des frissons. Je ne savais pas que mon visage était capable d’une telle force de persuasion.

Profitant d’une seconde durant laquelle l’Ordure discutait avec ses hommes de main, la princesse se saisit d’une épée et se l’enfonça dans le ventre. Un hurlement de rare retenti, mais il était trop tard pour elle.

J’ai tout perdu, l’homme que j’aime, mes parents, mon royaume. Vous ne m’enlèverez pas mon honneur non plus. Si par mon sacrifice, mon royaume est protégé de votre influence alors, je le fais avec le plus grand des plaisirs. Vous avez perdu. 

Elle s’écroula près du corps de sa mère dont elle saisit la main dans un dernier effort. Je sentis l’effet de la magie s’insuffler dans tous mes pores. Ce n’était pas la fin. Mais le commencement de la véritable bataille. Et je prenais la suite aujourd’hui.

*

* *

Il me fallut quelque temps avant de me remettre de ma vision. J’essuyai les larmes qui perlaient encore sur mes joues. J’espérai seulement que personne ne m’avait entendu hurler. Étant donné que l’attention n’était pas centrée sur moi, mais sur l’autre Ordure, j’en conclus que personne n’avait remarqué que je n’avais pas été présente pendant… ce qui me sembla être une éternité. Maintenant, je comprenais pourquoi il me voulait absolument, en revanche il était tellement obnubilé par le fait qu’il ne l’ait pas eu la première fois qu’il n’avait pas l’air de comprendre que mon réveil était tout récent que mes capacités magiques fussent encore plus que limitées. Mais ça, je n’allais certainement pas lui dire. Pour qu’il vienne me cueillir plus tard ? Et puis quoi encore ? Le déluge ?

Nate me tenait toujours aussi fermement. J’avais la nette impression qu’il ne s’agissait que du début de nos ennuis. Je repris mes esprits petits à petits, assez pour comprendre que ma vision n’a duré que quelques secondes… L’Ordure était encore en plein dans son monologue, et c’est à peine s’il ne s’est pas arrêté de parler au moment où j’étais dans le coaltar, pour reprendre à mon retour.

—… je ne peux pas dire que ce fut un franc succès, puisqu’elle a réussi à s’enfuir. Mais maintenant qu’elle est là, et que j’ai une monnaie d’échange plutôt intéressante, je vais savoir ce qui est le plus important, railla-t-il.

Il me regarda en disant cela, mais s’adressa à Nate :

— Alors, Léandre, quel est le plus important, hein ? Ta petite sœur, ou ton « grand amour » ?

Il ne répondit pas. C’est la question pour le million celle-là !

— Très bien. Dans ce cas, demandons à la principale intéressée : Theodora, tu es bien trop gentille pour laisser une innocente mourir à ta place, n’est-ce pas ? Je te propose un échange, prend la place d’Anastasia et je te promets qu’aucun mal ne sera fait à tes amis ou à elle. C’est à prendre où à laisser, mais sache que si tu décides de te battre, trésors, ajouta-t-il d’une voix doucereuse, la petite dernière de la famille de Creil mourra sous vos yeux, sans que vous puissiez faire quoi que se soit, et se sera le cas de chacun des membres de ta garde. Je te laisserai tous les regarder mourir, jusqu’à ce qu’il se reste que toi. Et crois-moi, cette fois, je ne te laisserai pas te suicider.

Je ne compris pas de suite le regard que me lança Amélia. Pour moi, il n’y avait aucun doute à avoir, si par mon sacrifice, j’étais en mesure de les sauver, alors je le ferais sans même sourciller. Elle avait bien évidemment compris mon petit manège. Non, même si c’était elle ou moi, même si elle me suppliait de ne pas céder à la demande de l’Ordure, mon éthique professionnelle m’empêchait de faire cela. Cela faisait partie des risques que j’étais prête à prendre en tant qu’agent. Et, c’était quoi cette manie que tout le monde avait en ce moment de vouloir absolument se sacrifier à ma place ? J’étais assez grande pour prendre mes propres décisions à la fin !

— J’attends une réponse, s’impatienta-t-il. Dépêche-toi ou elle mourra !

— Ely, ne fais pas ça.

— Ce n’est pas à toi de décider de ce genre de chose, laisse-moi, faire mes propres choix… Même si tu estimes qu’ils ne sont pas bons. J’ai avant tout une tâche à accomplir, c’est de te rendre ta sœur. Le reste on verra après, lui répondis-je, au moment où si les larmes commencèrent à monter.

Je restai digne, ravalai mes larmes, l’embrassai une dernière fois. Ce fut un baiser chaste et doux, qui sonnait beaucoup trop comme un adieu pour moi. Je pris de nouveau une grande inspiration et lançai-je.

— Très bien, j’arrive. Mais relâchez là, avant quoi que se soit.

Il l’a détacha et l’envoya voler dans les bras de son frère, qui s’était relevé, et me regardait avancer vers l’ordure, comme près à bondir, ses traits déformés par une colère telle que je parvenais même plus à le reconnaître. Personne ne tenta de me retenir. De toute manière, il n’y avait plus grand-chose à faire. Leurs vies ou la mienne. Ce sera la mienne sans aucune hésitation.

Le vieux m’attrapa le bras et une seconde plus tard nous n’étions plus sur le toit, mais avancions vers le ciel. Je ne le satisfis pas d’un cri de terreur, et abandonnai le vertige qui était en train de me gagner pour me concentrer sur une chose, haïr l’homme qui me prenait en otage.

La dernière image que je vis, fut celle d’une masse générale se dirigeant vers moi, pour essayer me protéger, mais malheureusement bien trop tard.

Je n’étais déjà plus parmi eux.

 

© (Tous droits réservés)

 

 

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