Ecriture·Theodora Roselyne

Theodora Roselyne – chapitre 12

À ce qu’il paraît, je cacherais des choses depuis mon retour de l’enfer. D’aucuns me trouvaient différente, changée. Qui ne le serait pas ?

Ainsi, je comprenais qu’ils s’inquiètent pour moi. J’avais juste besoin de temps pour me remettre.

J’avais été brisé, à un point que personne ne pouvait imaginer. J’étais restée prisonnière durant deux semaines. Deux semaines à espérer mourir plutôt que de revivre cette horreur une minute de plus.

Alors, oui, j’étais différente.

Nous étions rentrés depuis à peine deux jours, et je vivais dans un cauchemar permanent. Mes nuits étaient particulièrement courtes, je me réveillais en hurlant et couverte de sueur. Dans chaque coin un peu sombre de la maison, le visage de l’Ordure apparaissait, un sourire mauvais collé sur le visage. Au moindre bruit inconnu, une crise d’angoisse me prenait, je passais plusieurs minutes à réussir à faire un simple mouvement.

J’avais eu le plaisir de recevoir un coup de fil de mon patron aussi. Je devais aller passer un test psychologique dès que je me sentirai prête. Pour quoi faire ? Je connaissais déjà le verdict.

Comment expliquer ce qu’il s’est passé sans être poussé de force en thérapie ?

*

* *

Deux semaines venaient de s’écouler.

Deux semaines durant lesquelles je m’étais enfermée dans ma chambre, oscillant entre me morfondre dans mon lit et prendre des douches.

Je ne mangeais plus, buvais à peine. Je n’avais toujours pas eu mes règles… Plus d’une semaine de retard. Cette simple pensée rendait mes cauchemars beaucoup trop vivaces. J’avais beau avoir quitté ma grotte, je vivais toujours dedans.

Je retournai me coucher. L’horloge sonnait vingt-trois heures. La nuit était claire. Nous étions à la fin d’un mois de juin plutôt doux. Je m’attardai quelques minutes à la fenêtre. Il y avait encore du monde sur le capitole. Pour la première fois depuis des années, j’enviais toutes ses personnes qui vivaient dans l’ignorance, qui n’imaginait même pas le monde dans lequel ils pouvaient réellement vivre. Que certains prenaient des risques inconsidérés pour qu’ils puissent continuer à vivre dans leur petit confort !

C’était la première fois depuis des années que j’avais envie de raccrocher.

*

* *

Ma colère ne désenflait pas. La seule personne dont j’avais réellement besoin ne venait pas… Il était possible que je la rejette à chaque fois qu’elle passait le seuil de ma porte aussi. Mais j’avais peur de tout lui dire, peur de la manière dont il allait réagir face à ça. Dont je réagirais. Le dire à haute voix, rendait les faits tellement réels.

Il y a quelques jours, il m’a dit qu’il m’aimait et je l’ai envoyé sur les roses. J’étais odieuse avec les personnes qui se décarcassaient pour moi, alors que j’avais tant rêvé qu’ils viennent me sauver. Cela faisait de moi une personne encore plus minable qu’au départ. Toute ma joie de vivre et mon insouciance avaient sombré en même temps que moi. J’avais laissé mon âme dans ma grotte interne et je ne pouvais plus l’atteindre. Je me perdais dans un flot de questions incessantes qui roulaient dans mon esprit.

Est-ce que je serais capable de sourire de nouveau ? De retrouver ma joie de vivre et mon insouciance naturelle ? Cette chose que j’étais devenue, cette coquille vide, je la haïssais presque autant que je haïssais celui qui m’avait faire cela.

*

* *

Une semaine de plus. Une semaine supplémentaire à répéter les mêmes schémas encore et encore.

Je me sentais encore atrocement sale. J’avais l’impression que son odeur était incrustée sur ma peau. Je devais réussir à me débarrasser de cette odeur afin de pouvoir aller de l’avant. Je ne voyais que cela.

Je n’avais plus qu’une couche de peau sur le corps à force de me frotter. Sur mon visage, les larmes laissaient des tranchées aussi profondes que des crevasses.

Même dans ma torpeur, j’entendis les voix qui s’élevaient dans le couloir. Ce devait être un rêve. Un rêve un peu plus joyeux que ce qui était devenu mon lot quotidien. Je me laissai bercée quelques instants aux sons doucereux de ces voix familières.

— Il faut que je la sorte de là ce n’est plus possible, dit une voix masculine derrière la porte de la salle de bain.

— On a tout essayé, je te jure. Mais il n’y a rien à faire. Plus on veut l’aider et plus elle se renferme dans son cocon malsain. Elle a toujours un côté autodestructeur. Mais c’est pire que tout ce dont j’ai déjà eu affaire.

Un soupir résigné résonna.

— Je m’en occupe…

— Nate, est-ce que tu es sincère ?

— Tu crois vraiment que c’est le moment de me poser cette question ?

— Je sais, mais… Quand tu dis que tu l’aimes, que tu ferais tout pour elle ? Est-ce que tu es sincère ? Comprends-moi, je n’ai pas envie qu’elle s’attache encore pour tomber des nues. Je crois que ça l’achèverait.

— Tu pousses ta meilleure amie dans les bras d’un inconnu, ensuite tu as des remords parce que tu ne sais pas si la personne est sincère. Tu me fais rire, sérieux. Mais rassure-toi Lola, oui je suis sincère. Je ne l’ai jamais autant été, pour personne.

La porte de ma chambre s’ouvrit et se referma, puis ce fut le tour de celle de ma salle de bain. Comme à mon habitude, je m’étais assise dans ma douche, les genoux contre la poitrine, entourés par mes bras. Le jet brulant sur me lacérait pratiquement la peau, pour être honnête cette douleur me faisait un bien fou. C’était le seul moment où je ne sentais pas cette odeur dérangeante qui ne m’appartenait pas.

Il se posta devant la cabine de douche et posa des yeux que je savais d’instinct beaucoup trop clairs sur moi. Je baissai la tête. Je n’osai même pas le regarder. Le poids de son regard était trop important. Je n’étais pas prête.

J’envisageai quelques instants de m’enfuir très loin d’ici et de recommencer une nouvelle vie. C’est peut-être ce que je devrais faire, ça règlerait bien des problèmes.

— Ne t’avise même pas de faire ça, Elena. Ce n’est même pas envisageable. Je ne support plus te voir dans cet état…

Sa voix était dure et froide. Il était en colère. Ça ne fit que m’entrainer plus au fond de mon gouffre personnel. Enfin, si c’était possible.

Il prit une profonde inspiration et je retins la mienne.

— Écoute-moi… Je sais que c’est dur pour toi. Je sais que tu souffres énormément… Mais si tu ne me dis pas ça qu’il s’est passé là-bas, je ne pourrais pas t’aider à en sortir. Je ne sais pas comment te dire ça… Tout ce que tu as pu vivre… Je l’ai comme ressenti. Je t’ai entendu m’appeler au secours, encore et encore. Crois-moi, ça m’était invivable de ne pas savoir où tu étais. De ne pas t’avoir arraché aux griffes de ce salop plus tôt. Il a tout fait pour nous envoyer sur de mauvaises pistes. Et il a réussi son coup un bon nombre de fois.

» Quand on était sur le chemin du retour, j’étais près de toi, tout le temps, je ne t’ai pas lâché une seconde… Ou alors quelqu’un veillait à ma place… Je ne peux pas m’empêcher de me dire que c’est de ma faute. Je n’aurai pas dû te laisser de sacrifier… Mais je l’ai fait. Je t’ai abandonné au profit d’Amélia. J’avais juré ne jamais le faire. Même si cela remonte à plusieurs siècles. Jamais, depuis que je suis sur cette terre, je n’avais cru pouvoir ressentir un jour tout ce que je ressens pour toi. Et je t’ai laissé tomber.

» J’ai honte de moi, tu sais. De ne pas avoir été capable de te sauver à temps. Ce que je voudrais, c’est qu’aussi dur cela soit-il, tu me dises ce qu’il s’est passé, tout ce qu’il s’est passé, afin que je puisse t’aider.

J’enfouis ma tête entre mes genoux. C’était encore trop dur pour moi, trop récent.

— Je ne peux pas, murmurai-je, la voix rauque, c’était peut-être la première fois que je prononçais une phrase entière depuis que j’étais rentrée. C’est trop dur… Je ne peux… pas…

— Ely… S’il te plaît.

Les larmes coulèrent sur ses joues, quel monstre étais-je pour détruire ceux que j’aimai autant que je l’avais été. Qui étais-je pour leur faire du mal alors qu’ils essayaient seulement de m’aider ? Ma main vint caresser sa joue, et il l’attrapa délicatement pour venir entrelacer ses doigts avec les miens.

Il lui fallut quelques minutes, mais il s’assit à côté de moi, et m’enroula dans une serviette. Alors je lui racontai toute l’histoire… Du début à la fin, sans omettre aucun détail, du moins de ceux dont je me souvenais… Même les plus durs à énoncer.

Il était resté ainsi, une heure à m’écouter, moi dans la douche et lui assit contre le mur, essayant de ne pas me montrer à quel point il était en colère, contre lui-même, contre l’Ordure, contre l’agence. Le monde entier presque… Dieu sait que ce n’est pas sa faute, il m’a sauvé la vie.

Quand j’évoquai enfin ma plus grande crainte, ses poings se serrèrent, ses yeux devinrent plus clairs. Il transpirait de rage. Même si, je savais d’ores et déjà que j’avorterais, je crois que je ne supporterai pas d’être enceinte de l’Ordure. Ça me dégoûtait au plus haut point. De moi, de mon corps et même de ma vie.

— Tu ne peux pas, ce n’est pas possible…

— Je n’ai pas pris ma pilule et puis j’ai pas mal de retard… Ce n’est peut-être que psychologique… Ou alors…

— Non, non ! Tais-toi. N’évoque même pas cette possibilité.

— Nate…

— Non ! Ça, c’est au-dessus de mes forces.

Il s’était levé et se tenait à présent dans le coin le plus éloigné de moi que le permettait la salle de bain. J’en aurais surement été offusquée si mon dégoût n’était pas semblable au sien.

— Je croyais que tu serais là pour moi, m’insurgeai-je quand même !

— Oui, mais là, ça n’a rien à voir Elena.

— Si, bien au contraire ça a tout à voir. Si jamais, je dois aller me faire avorter, si je suis réellement enceinte. J’ai tant de questions auxquelles je vais devoir répondre, je voulais que tu sois avec moi. Non, j’en ai besoin.

Il me regarda avec de grands yeux ronds, son sourire en coin commença à refaire son apparition. Je sortis alors de la douche et attrapai une serviette sèche et m’habillai rapidement. Il m’aida en me soulevant délicatement, quel gentleman… Maintenant, je m’offusquais ! Ce mufle avait l’audace de se moquer de moi.

— C’est à dire ? me demanda-t-il.

— Quoi : c’est à dire ? Il est forcé d’avoir une signification dans chacune de mes phrases ?

— Oui, c’est possible. Donc ?

— Donc, j’ai besoin de toi…

— Oui ?

— Tu es un salop !

— Je sais. Dis-le !

— Quoi, que je t’aime ?

— Oui, par exemple.

— Très bien.

Je m’approchai de lui et le pris dans les bras. Je m’enivrai de son parfum, et lui murmura à l’oreille, les trois petits mots tant libérateurs.

Je ris… Pour la première fois depuis un mois et une semaine, je repris petit à petit le goût de la vie, là, dans les bras de l’homme que j’aimais. C’était un premier pas vers ma guérison. Il me restait du temps, mais je pouvais m’offrir le luxe d’espérer qu’un jour, je pourrais être heureuse de nouveau. J’étais sauve, grâce à lui. Je renaissais, grâce à lui.

*

* *

Les filles étaient parties en missions sans moi ce mois-ci. Pour me remplacer, Nate avait demandé à Antoine et Matthieu s’ils voulaient bien les accompagner. Etonnement, ils avaient immédiatement acceptée. Notre équipe s’était beaucoup plus soudée grâce à ce qui nous était arrivé. Le kidnapping d’Amélia, suivit du mien les avaient poussé à se réunir. Ensemble, on est plus fort, même mieux lutter contre cette douleur encore très présente. La guérison était un long chemin semé d’embuches, mais le simple fait de réussir à parler, m’a permis de commencer à refaire surface.

Il y a trop de questions qui se bousculaient dans ma tête, trop de points qui n’avaient toujours pas trouvé de réponse satisfaisante. Mais, dans les méandres de mon cerveau, de ma souffrance, un jour, je sais que j’arriverai à faire face, d’une manière ou d’une autre.

*

* *

Je compris rapidement que je n’étais plus seule dans ma chambre, lorsqu’une aura lumineuse apparut au pied de mon lit. Je n’avais vraiment pas besoin d’une visite onirique maintenant. Mais Eleonore avait tendance à n’en faire qu’à sa tête.

— C’est difficile à vivre, je le sais, mais aujourd’hui, il faut que tu te relèves, on a assez perdu de temps.

— Tu appelles ça de la perte de temps ?

Elle soupira.

— Non, bien sûr que non. Mais il y a des choses que tu dois prendre comme elles sont.

— Alors ça, c’est le pompon ! Je viens de me faire violer, un certain nombre de fois, par un malade mental qui voulait s’emparer de mes pouvoirs et toi, tu trouves que c’est une perte de temps ? Mais quel genre de mère es-tu ?

— Le genre qui connaît les priorités, et qui sait que tu te remettras.

Comment fait-on pour étrangler une femme qui n’est pas vraiment là ? Si quelqu’un est au courant, qu’il me fasse signe, ça m’intéresse grandement.

— Je connais mes priorités, en ce moment elles diffèrent simplement des vôtres. Cela fait des siècles que la Roseraie attend. Je pense qu’elle va pouvoir attendre encore quelque temps que je me remette. Qu’est-ce que ça peut bien t’apporter d’être aussi brusque avec moi ?

— Parce qu’il faut que tu te ressaisisses et vite, j’ai une mission à te confier. Mission que tu ne pourras accomplir que si tu es totalement lucide et maîtresse de toi-même.

Nous nous trouvions désormais dans cet endroit dans mon cerveau dont j’avais le secret. Cet endroit intimement lié avec le livre. La pièce avait changé depuis ma dernière visite, il y avait un grand miroir de plain-pied entouré de dizaines de chandeliers, au milieu trône le journal, et une grande table surmontée d’une immense bibliothèque, entièrement remplie.

Eleonore, ma mère biologique se tenait assise sur un des fauteuils confortables, me regardant de ses grands yeux bleus, et ses longs cheveux étaient tressés en une grande natte qui lui retombait sur les épaules. Elle lia ses mains entre elles. Elle avait tout d’une raison, de son port à sa pause. C’est à Ambre qu’elle ressemblait et non à moi. Il n’y avait rien dans cette femme qu’on aurait retrouvée en moi. Je devais de toute évidence tenir mon père.

Elle se pencha en avant et me regarda, attendant le moment où je serais apte à écouter ce qu’elle a à me dire. Je m’installai devant elle.

 Il faut tu comprennes que tu n’es qu’au début de tes peines. Si vraiment, tu souhaites pérenniser le nom de ta famille, il va falloir que tu le lances dans une course qui risque fort bien de t’épuiser rapidement.

— J’ai hâte.

— Durant mon enfance, ma mère m’a appris à me servir des capacités dont tu as hérité. C’est un apprentissage qui s’étend sur plusieurs années pour être réellement complet. Toi, tu n’as pas pu en profiter, même si, dans le temps, ton père et moi t’avons déjà appris tout cela. Il faut absolument que tu réapprennes à les utiliser. Pour cela, Guilhem pourra t’aider sans problème, je n’en ai aucun doute.

» Si tu es ici, en ce moment, avec tous tes amis, c’est pour raison bien précise. Tu dois faire renaître la grandeur de notre peuple. Tu as la mission de ramener tous les Rosayens dans leur dimension. C’est ton rôle ici. Ce ne sera pas une tâche aisée, mais je sais que tu vas y arriver, et que tu revendiqueras la couronne qui a jadis appartenu à tes alleux.

» Tu devras survivre à de nombreuses épreuves qui attesteront de tes capacités à faire face aux difficultés que tu pourrais entrevoir en tant que reine. Tu auras aussi un certain nombre de choses à retrouver. Cela risque d’être compliqué et très dangereux. Mais tu as tes amis. Ils sont là pour toi, pour te protéger. N’hésite pas à faire appel à eux. 

— Tu sembles oublier que tu as eu une autre fille, il me semble. Et Ambre dans tout ça, qu’est-ce qu’elle devient ? Parce que tout le monde parle de moi depuis le début, mais nous sommes deux. Que devient Ambre dans tout cela

— Ta sœur n’est pas éligible au trône.

— Pourquoi ? Cela fait-il d’elle obligatoirement une paria ?

— Premièrement, elle est la cadette et la couronne revient en priorité à l’ainée. Ensuite, parce que certaines de ses actions l’ont empêché de prendre ta place sur le trône. Elle n’est pas une paria, elle doit simplement assumer la portée de ses actes. 

— Quels actes ?

— Elle t’en parlera d’elle-même lorsqu’il en sera temps. Maintenant, laisse-moi te parler ce que tu vas devoir faire. Tu vas donc d’abord devoir apprendre à te servir de tes pouvoirs, et de reprendre le contrôle de ton cœur et de ton livre. C’est ce qui va te permettre de comprendre de choses sur toi, et sur ce que tu es vraiment capable de faire… Tu vas ensuite devoir retrouver les objets de pouvoirs de notre époque pour t’approprier les dernières bribes du Pouvoir Suprême et enfin il faudra que tu reconstruises notre monde.

— Et c’est tout ?

— N’est-ce pas déjà suffisant ?

— C’était de l’ironie, Eleonore.

— Ah, très bien. Dans ce cas, maintenant que tu sais ce que tu dois faire, j’imagine que je vais te laisser finir tranquillement ta nuit. Tu ne pourras maintenant plus exercer ta profession d’espionne, j’espère que tu le sais… Tu devras te concentrer sur ta mission. C’est plus important que tout.

— Bah oui, pourquoi pas renoncer à ma vie aussi. Tu ne peux ni m’imposer mes choix et encore moi me dire d’arrêter ce que j’aime faire.

— Mais…

— À cette époque, il est important de gagner sa vie, si l’on veut pouvoir vivre.

— Je tacherai d’apparaître dans un des rêves de Guilhem pour lui en toucher propos.

— Dieu que je le plains !

— C’est son destin. Bonne nuit Elena.

*

* *

Je ne m’attendais pas à une visite nocturne aussi rapidement. Pour moi, on allait me laisser le temps de me remettre de mes émotions avant de me lancer à la poursuite de ce passé qui me hante. Mais mon devoir était de toute évidence, bien trop important pour me laisser du temps. Aujourd’hui comme demain, c’est une poursuite contre ce qui fuit tellement vite que je vais entreprendre. Il ne s’agira pas seulement d’apprendre à me servir de mes pouvoirs et retrouver quelques objets, non, c’est bien pire que ça, c’est apprendre à survivre dans un monde dont j’ignore absolument tout. Comprendre qui je suis réellement et si ça en vaut la peine de me sacrifier pour tout ce que mon alter ego représente. Si je ne suis pas à la hauteur, est-ce que je ne vais pas tout simplement laisser croire à tout un peuple que je suis capable de faire ce qu’ils attendent de moi ? Il faudra bien que je trouve la force de me dépasser.

J’avais oublié ce que c’était de penser depuis bien longtemps, et maintenant que tout me revient en tête en un rien de temps, je me rendis compte à quel point j’étais démunie face à tout ce qu’il y avait autour de moi.

Que ce soit le jeune homme qui dormait encore près de moi, ou la lueur des premiers rayons du soleil perçants à travers les volets, tout me fit penser à quel point ma vie avait bien changé. Juillet perçait le bout de son nez et un air nouveau soufflait sur ce qui était maintenant ma vie.

Je me levai en douceur, mais avant d’avoir eu le temps de faire quoi que se soit, Nate n’avait attrapé le bras et attiré à lui aussi rapidement que mon envie d’aller faire du café m’était apparue. Sans crier gare, j’étais revenue quelques semaines auparavant où ma seule envie était d’être constamment avec lui. Je ne l’aurai jamais avoué évidemment, mais cette idée me trottait dans la tête depuis un petit moment déjà. Mais j’avais envie d’aller aux toilettes et d’un café. Cela faisait des semaines que je n’en avais pas bu. L’accroc en moi réclamait sa dose.

Je me dirigeai vers la cuisine préparai le petit déjeuné et passai aux toilettes. J’y restai un long moment.

— Qu’est-ce qu’il t’a pris autant de temps ? me demanda Nate au moment où je passais la porte, le plateau à la main.

Je n’eus pas besoin de répondre pour qu’il me comprenne, mon sourire suffit à lui faire basculer toutes ses pensées les plus sombres. Les Anglais avaient débarqué et avec eux mes craintes s’étaient envolées.

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