Ecriture·Theodora Roselyne

Theodora Roselyne – chapitre 13

Nous étions bientôt mi-juillet. J’avais pris beaucoup plus de temps que prévu pour mettre mes affaires en ordre suite à ma décision de quitter l’agence. Et contre toute attente, celui qui avait été le plus triste de savoir que je partais était mon patron Édouard de la Trinité. Je ne suis pas sûre qu’il comprit les raisons de mon départ, mais il m’a laissé partir, sans trop d’histoires.

Je n’ai pas vu Nate depuis près de trois semaines, nos emplois du temps respectifs ayant été particulièrement chargés, nous avions décidé de laisser de tomber la romance pendant quelque temps et nous concentrer sur nos carrières respectives. Je suis donc allé sur Paris pendant trois semaines, où j’ai quand même pu profiter du confort accordé aux agents. J’ai beau être passée sur le statut d’agent dormant, je pouvais toujours profiter des avantages des agents. Peut-être m’étais-je particulièrement destiné ? Peut-être que le fait que je vivais entourée de plusieurs autres agents, me permettait de profiter des petits plus ? Qu’en sais-je après tout, Édouard n’est pas l’homme le plus loquace du monde !

Je m’étais décidée d’aller parler à ma sœur, sur les raisons de mon départ à l’époque et sur tout ce qu’on n’avait pas pu se dire depuis ces années. Je compris qu’elle n’avait plus besoin que je la protège. Et maintenant qu’elle vivait seule avec Anya, elle n’avait à vrai dire, plus besoin de grand-chose, à part qu’on la laisse vivre sa vie tranquillement. Elle finissait ses études avec brio, elle prenait la relève du nom à l’agence, même si elle se contentait d’être une de leurs analystes. Le terrain ce n’est pas pour moi, disait-elle. Et pour le reste, elle me pardonnait d’être partie deux ans plus tôt qu’elle comprenait que les raisons de mon départ. Des parents comme les nôtres c’était un poids qu’aucune adolescente ne devait porter. J’avais pris les responsabilités d’adultes alors encore à l’âge où l’on jouait avec des poupées. Je n’étais même pas sûre qu’ils se soient un jour rendu compte que leurs deux filles ne vivaient plus dans l’appartement dans le centre de Paris. C’était ma grand-mère qui avait décidé de s’occuper de nous. Elle était décédée aujourd’hui, mais je n’oublierai jamais l’aide sans faille qu’elle avait été pour nous à cette époque.

Mon enlèvement représenta une grosse partie de nos discussions. Malgré ma lente guérison, j’avais pu me confier sans trop de honte sur ce qu’il s’était déroulé dans cette grotte. Anya se sentait extrêmement mal pour tout ça. Elle ne comprenait pas que de toute manière j’aurais été capable de n’importe quoi pour la ramener à son frère. Quoiqu’il m’en coûte. Aujourd’hui, tout rentrait dans l’ordre petit à petit. J’avais survécu aux périodes les plus sombres de ma vie pour l’instant et que je n’étais pas au bout de mes surprises.

Nous avions très peu évoqué notre vie passée. Ni l’une ni l’autre n’avait vraiment de renseignements sur ce qu’étaient nos vies à cette époque.

Nous nous étions quittées bonnes amies, bonnes sœurs, non sans une certaine tristesse. Nous avions été inséparables durant des années, tout abandonner maintenant me semblait presque criminel. Le devoir oblige.

La rentrée à Toulouse n’avait pas été de tout repos non plus, à peine arrivée dans mon appart » que j’avais reçu un message de Nate me demandant de me rentre au plus vite à la librairie. Les filles, elles, m’avaient laissé un mot sur la table de la cuisine disant que se retrouvaient toutes au bar le lendemain soir, pour une soirée spéciale filles, Cosmos et Olives.

J’avais donc commencé par mon premier rendez-vous, non sans avoir pris une douche et changer de vêtements. La librairie O’Callagan était toujours aussi austère de prime abord, mais l’accueil que me fit le vieillard réchauffa l’atmosphère plutôt rapidement.

— Oh, Elena, bienvenue !

— Bonjour, Guilhem ! Comment allez-vous ?

— Très bien merci ! J’imagine que vous êtes là à cause de mon petit-fils.

— En effet, il m’a demandé de venir, alors je suis là.

Le vieil homme avait le regard rêveur derrière ses lunettes à la Dumbledore. Je n’avais jamais connu mes grands-pères, mais dans un petit coin de mon esprit, je les imaginais tout à fait comme lui, déambulant dans les allées de sa librairie, les mains dans le dos, le regard vif et l’esprit à l’affut.

— Oui, il est vrai, mais vous savez…

Il partait dans des élucubrations, ses yeux étaient déjà perdus dans le vide.

— Papy, s’il te plait, évite de l’ennuyé avec toutes tes histoires, le coupa Nate en riant comme un enfant. Salut toi !

— Bonjour !

— Le voyage s’est bien passé ?

— Fatigant, aussi bien physiquement que moralement. Je n’ai pas vu ta sœur d’ailleurs.

— C’est normal, je suis là, répondit l’intéressée.

La jolie brune apparut derrière un rayonnage tout sourire. Cela changeait beaucoup de l’image qu’il m’était resté en tête quelque temps plus tôt.

— Salut, Anya, ça va ?

— Oui et toi ?

— Tranquillement !

— Bon vous m’excusez, mais c’est moi qui suis requis la venue d’Ely, alors je l’empreinte, râla Nate. On a des trucs à voir tous les deux.

Je le scrutai circonspecte.

— Du genre ?

— Des trucs…

Je ris quand il me prit la main jalousement et m’entraina vers sa chambre.

Il me sauta littéralement dessus, quand il ferma la porte de sa chambre. Tout en m’embrassant, il m’entraine vers son lit. « Tu m’as manqué », me chuchote-t-il à l’oreille tout en faisant en sorte que mes vêtements se retrouvent très rapidement par terre. Il s’arrête avant le lit, me regarde, j’avais oublié la sensation que procurais son regard sur moi… C’est de la tendresse et de l’amour presque à l’état pur, et j’adore ça. Tout ce que j’attendais depuis des semaines où j’étais séparée de lui, c’était ce moment. Juste le moment où je pourrais sentir son corps contre le mien, son souffle au creux de mon cou, la chaleur de ses mains et leurs agilités.

Et là, alors que l’on est que tous les deux, que plus rien ne peut séparer pour le moment, je me laisse aller dans ses bras. Ça fait bien trop longtemps que j’attends ce moment. J’ai besoin qu’il me désire plus que n’importe quoi d’autre. Et, alors, qu’on ne fît plus qu’un, là, ou n’importe où ailleurs, je ne pense plus à rien d’autre qu’à ce que nous vivons ensemble.

Je laisse le feu du désir s’embraser en moi, et rien ne compte plus. Rien n’est jamais plus beau. C’est comme si, toutes les couleurs étaient plus vives, toutes les sensations plus fortes, même les caresses raisonnent d’une symphonie de brûlures et de douceurs. Je ne veux qu’une seule chose, que tout cela continue, encore et encore. Que ça ne s’arrête jamais, parce que je sais que ça personne ne peut nous l’enlever.

— Je t’aime, chuchote-t-il, encore et encore.

— Moi aussi… Au fait, tu n’avais pas quelque chose à me demander ?

— Oui, il faut que tu commences à t’entrainer, je voulais t’aider à commencer, mais, euh, comment dire ? C’est ta robe qui m’a mise d’autres idées en tête.

— D’autres idées, rigolai-je. Je ne vois pas du tout de quoi tu veux parler.

— Ça ne m’étonne pas, tu es bien trop prude.

— Ah, et c’est toi qui me dis ça ?

— Oui… Et je l’assume, tu crois vraiment que tout cela arrivé, si ça n’était pas de moi ?

— Oh, mais tu veux bien de calmer oui ! J’aurai fini par craquer de toute façon. J’avais déjà craqué.

— Tu avais craqué ?

— Bref !

— Ely !

Il me tourna vers lui, encore une fois de façon à ce que je le regarde dans les yeux. Sa main se cale son mon menton et se mis au-dessus de moi pour que son corps me surplombe de sa suprématie.

— C’est quoi cette histoire ?

— Bah quoi ? Est-ce que quelque chose t’en aurait fait douter ? Est-ce que je n’avais pas été assez claire ? Je me suis enfuie à toute jambe quand je t’ai vu. Je n’ai pas réussi à te dire non que tu m’as forcé à venir dormir chez toi. Je me suis comment dire, mis la tête à l’envers pour essayer de t’oublier, et je me suis précipitée dans tes bras dès que j’en ai eu l’occasion. Je n’ai jamais compris pourquoi, mais j’étais irrémédiablement attirée par toi, toujours, à tout moment. Oui, je suis comme ça, je craque, je fais tout pour oublier la personne, et j’y arrive très bien habituellement, sauf que toi, je n’ai pas réussi.

Je posai un doigt accusateur sur sa poitrine. Oui, tout était de ça faute.

— Elena Delacroix, pourquoi m’as-tu caché ça si longtemps ?

— Parce que je ne suis pas le genre de personne qui se libère de ce genre de chose aussi facilement. Et parce que j’avais peur. Et si ce n’était pas réciproque, je ne voulais pas souffrir encore.

— Je t’ai donné l’occasion de croire que je te ferai souffrir ?

— Nate, est-ce qu’on est obligé de repartir sur cette discussion ?

— Non, tu as raison, on a beaucoup mieux à faire.

Sur ses mots, il se redressa et m’embrassa, c’est ce qu’il y a de mieux à faire dirions nous. Il n’y a rien de mieux à faire. Et maintenant que nous repartons sur le chemin que nous avions quitté quelques minutes plus tôt, que mes bras lacèrent presque son dos, les lèvres brulantes et corps en fusion. Je ne peux pas dire que je n’avais aucune idée que de ce nous faisions là, tous les deux, mais je ne voulais encore une fois qu’une seule chose, rester là.

La nuit passe et je m’endors au creux de ses bras. Il y a quelques semaines, il m’avait ouvert son cœur pour essayer de faire sortir de ma torpeur post viol. Ce soir, je lui avais avoué ce que je ressentais indéniablement pour lui depuis que je l’avais vu quand il m’avait sauvé la vie, la première fois, et qu’il s’était gentiment moqué de moi, tout en essayant de sortir avec moi prendre un verre.

*

* *

Il n’y a rien de bien important dans ma vie que de profité de ceux que j’aime, et maintenant que tout est dit, que je n’ai plus besoin de faire semblant, je me sens libérée d’un point tellement conséquent que je ne vois pas quoi dire d’autre.

Le mariage est prévu pour d’en peu de temps et rien d’autre que les préparatifs n’a d’importance pour ma famille, et même pour moi. Est-ce qu’en fin de compte je vais avoir le droit au mariage amoureux dont j’ai tellement rêvé depuis si longtemps ?

J’ai respecté les vœux de ma mère en trouvant un mari rapidement, et j’ai trouvé quelqu’un que j’aime et qui veut vraiment de moi. Un homme qui m’aime pour moi. Et qui respecte celle que je suis, et aussi la personne que je représente pour toutes ses personnes, là, au-dehors.

Je suis enfin heureuse…

*

* *

— Arrête de râler, Ely, tu vas finir par y arriver. C’est un exercice compliqué, mais c’était ta spécialité dans le temps.

— Tu as dit le plus important, dans le temps ! Il y a longtemps. 

— Le contrôle des éléments est l’un des pouvoirs les plus puissants, mais aussi l’un des plus compliqués. Il faut que tu te concentres Elena, me rassura Guilhem.

Je n’en pouvais plus, des gouttes de transpirations coulaient dans mon dos et sur mes tempes. Je ne rêvais que d’une chose, que cela s’arrête.

— Réexpliquez-moi le concept, s’il vous plait.

— Tu vas visualiser une grande étendue d’eau et l’imaginer en mouvement, pour l’attirer avec toi. Je t’ai facilité les choses, tu as une bassine, juste là, tu n’as même pas besoin de la créer.

— Vous me prenez pour un sourcier maintenant ?

— Elena, gronda le vieil homme.

J’arrivais même à entacher la patience légendaire de Guilhem. Un fait assez rare pour que j’en sois fière. On dit bien que les meilleures choses dans la vie sont les plus simples, non ?

— D’accord, d’accord, j’y vais !

Je me concentrai alors. Ils étaient tellement compréhensifs avec moi. Nous étions installés dans le salon entre les multiples rayonnages ? Le journal posé sur une des tables. Je m’étais posée à même le sol, mes deux compatriotes me faisaient face sur le canapé. La bassine était non loin de moi, trois heures que j’essayais de faire bouger l’eau, sans succès.

J’essayai d’amener l’eau à moi. Le contrôle de l’eau était un des plus compliqués à appréhender. L’expérience avait prouvé que j’étais parfaitement capable de maitriser l’air. Je commençai sincèrement à déprimer, des heures que j’y étais et toujours pas le moindre mouvement, ni… tiens, une goutte. Une deuxième et c’est beaucoup plus frais que ma sueur. J’ouvris un œil puis le deuxième et poussai une exclamation de surprise. Un mur d’eau se dressait devant moi. Dans mon élan de mauvaise humeur, j’ai cru que Guilhem avait voulu me montrer à quel point l’action était simple en créant lui-même le mur, et le renfrogna sur mon cousin. Le mur se mit à bouger au gré de mes boucles alors que secouait la tête de dépit. J’observai le mur quelques secondes et répétai les mouvements plusieurs fois encore. J’étais décidément l’auteur de cet exploit, à moins que Guilhem soit capable d’anticiper le moindre de mes mouvements.

C’était presque facile, bidon après plusieurs heures d’essais. J’avais enfin compris comment elle interagissait avec moi. C’est comme si on était complètement connectée l’une à l’autre. Un peu comme deux âmes jumelles.

Les deux hommes me regardaient faire avec une certaine fierté. Une fois que j’eus compris le principe, ils me laissèrent m’entrainer seule. Le mouvement et le contrôle étaient devenus naturels comme respirer. C’est un contact nouveau et puissant et ça s’infiltrait dans mon sang comme une drogue. Oui, c’est ça, j’étais droguée à cette nouvelle sensation de pouvoir. Je comprenais enfin ce que ressentent les hommes politiques face au poids que peuvent avoir leurs paroles. C’est tout simplement puissant.

— Bravo, s’exclama alors Guilhem, m’arrachant à ma rêverie. C’est très bien ! Je suis fière de toi !

— Ouah… C’est…

— Puissant, compléta Nate. Oui, je sais.

Comment un élément comme l’eau, habituellement si sauvage pouvait m’obéir de cette manière au doigt et l’œil et surtout aussi facilement. C’est comme si elle ne demandait que ça. J’ordonnais, elle obéissait. Elle passa d’un bout à l’autre de la pièce, virevoltant entre les différents rayons. Resta quelques secondes au-dessus des têtes des deux hommes, la menace à un pouvoir puissant sur eux. Vers vingt-et-une heures, il fut largement temps pour moi de rendre les armes. Je ne rêvais que d’une douche bien chaude et d’un lit confortable et douillet.

Mais, mon téléphone avait hurlé son mécontentement toute la journée. Message de Lola : « N’oublies pas ce soir, bichette et prévoit une belle robe ». Le message est très clair, ce soir, c’est la fête. Que Dieu me pardonne.

— Ah ouais, tu es comme ça, tu m’abandonnes pour aller te picoler, grommela Nate, en lisant le message par-dessus mon épaule.

— Mais de quoi je me mêle, jeune homme ? Je fais bien ce que je veux ? Je suis encore libre de mes choix à ce que je sache, non ?

— Oui… Mais je voulais que tu restes avec moi, badina-t-il en utilisant une voix d’enfant.

— Je suis désolée, mais je ne peux pas dire non aux filles. Ça fait longtemps que je ne les ai pas vues non plus. Déjà que je suis venue te voir en premier alors soit heureux !

Sa moue boudeuse s’accentua. De celle qui nous fait craquer à chaque fois. Le traitre, il utilisait l’artillerie lourde.

— Mais heureusement que tu es venue me voir en premier, non, mais oh !

— Nate !

— Bon OK. À Demain…

— Bah oui !

Il m’embrassa et me laissa partir.

Le soleil était bas dans le ciel quand je sortis de la librairie, la chaleur de la journée transpirait encore des murs aux alentours. Je marchai tranquillement me rappelant le temps innocent où je pouvais traverser ces rues sans me poser un tas de questions existentielles sur ma vie et celle des autres.

Je voulais avant tout réussir à être quelqu’un dans ce monde de dingue. Oui, j’ai réussi, je suis quelqu’un c’est sûr, mais à quel prix ? Est-ce réellement important de toujours se différencier des autres, alors que la plus petite chance de trouver le bonheur résidait simplement dans le fait de le vouloir ? J’avais aujourd’hui la plupart des choses que je désirais depuis toujours, le « retour » de ma famille – laquelle réside principalement dans ma sœur —, un homme qui semble m’aimer et des amis qui sont prêts à tout pour moi – chose que je leur rends plutôt bien. Alors pourquoi est-ce que je me posais toujours autant de questions ?

Est-ce que l’Homme, avec un grand – H, est-il a ce point un insatisfait constant pour ne pas apprécier ce qu’il a devant lui, au lieu de chercher toujours ce qui risquerait de ne pas fonctionner dans sa vie ?

Je sais ce qui risque de ne pas fonctionner. Tout le monde le sait toujours. Bon OK, tout le monde, n’a pas forcement une mission donnée par une pseudo mère spectrale qui est venue dans ses rêves par le biais d’un livre magique. Mais bon, je peux quand même espérer ne pas être complètement folle à lier et garder mon bon fond. C’est pour cela qu’il est important que je passe une soirée normale.

Et quoi de mieux, qu’une soirée entre filles à se raconter non vie autour d’un bon petit cocktail ? Rien !

Je passai donc à l’appart, on m’avait bien ordonné de bien m’habiller. Une petite robe cintrée ocre avec une veste en dentelle noire et des escarpins feront bien l’affaire. Le tout agrémenté, d’un sautoir et de boucles d’oreilles assorties. Je maquillai les yeux d’un fard à paupières doré et de mascara noir. Je lissai mes boucles et les attachaient en une longue natte sur le coté, je fis de même avec les quelques mèches rebelles.

Me voilà fin prête pour une belle soirée.

Dans le centre-ville, il y a ce bar. Une ambiance cosy et de la musique rythmée, de larges fauteuils en cuir et le plus important des serveurs qui servent en caleçons ! Ils ont pris l’idée d’un des plus célèbres bars gays de Paris, le Latin Corner pour rendre l’ambiance encore plus chaude qu’elle ne l’est habituellement. J’adorais cet endroit.

Il y a foule devant le bar, les filles se pressaient en masse pour avoir la chance d’avoir une place. Parfois, être une fêtarde invétérée depuis des années à ses avantages ! Mais oui, en effet, quand je videur nous vois arriver, il nous fait entrer devant tout le monde en nous faisant la bise, devant le regard complètement vide des autres filles qui attendent derrière le cordon rouge. Parfois ma vie est géniale, et mes priorités sont réellement médiocres !

Les filles m’attendaient à notre table habituelle, assez proche du bar pour pouvoir être servi rapidement et assez loin de la sono pour pouvoir parler normalement sans avoir peur de perdre nos tympans.

Elles me tendent mon Cosmo avant même que je n’aie eu le temps de m’assoir.

— Ely, clamèrent-elles en cœur. Alors ?

— Bah quoi alors ?

— Bah raconte-nous Paris, c’état comment ?

— Le boss ne l’a pas trop mal pris, et continue à me payer l’air de rien jusqu’à ce que je trouve autre chose. Ça, c’est la version officielle. Officieusement, c’est la pension versée aux agents dormants. C’est limites aussi avantageuses que de bosser encore ! Sinon, bah, je suis allée m’expliquer avec Ambre. On s’est vu pendant les trois semaines où je suis partie, on est sortie, shopping, bars, la totale, histoire de rattraper le temps perdu ! On est allée sur la tombe de la grand-mère aussi. Et toujours aucune nouvelle des parents. À croire qu’ils ont dû crever quelque part dans un de leurs voyages quelconques. Le triangle des Bermudes pourquoi pas ?

— Sait-on jamais ? Pas une très grande perte, plaisanta Séléna.

— Je te jure ! Enfin, voilà un peu le topo de mes « vacances » improvisées. J’en ai profité pour revoir Anthony un peu aussi et m’excuser pour l’autre fois, ce n’était pas du luxe. D’ailleurs, je suis pratiquement certaine qu’il me cache quelque chose, il était bien trop content. C’était suspect. Enfin bref, je pense surtout à de la déformation professionnelle, mais je crois que je vais devoir approfondir cela.

— Tu es complètement parano, tu crois vraiment qu’il a quelque chose à te cacher, de toute façon comme si on le pouvait, s’exclame Séléna.

— Ça ne serait ni la première fois ni le premier à le faire, n’est-ce pas ?

Je la regardai avec des yeux noirs.

— Il y a certaines choses qui devraient rester au passé, si tu vois ce que je veux dire bien sûr, répondis-je simplement.

— Oui, je vois très bien. Mais le jour où tu assumeras enfin ce qu’il s’est vraiment passé, je pense que tu pourras aller de l’avant.

— Je n’ai pas forcément envie d’aller de l’avant, Lola. C’est ce qui m’a réellement forgé. Sans ce qu’il s’est passé ce soir-là, je ne pourrais pas aujourd’hui affronter la vie de la même manière.

— Arrête-toi, on dirait une petite victime ?

— Parce que, ce n’est pas ce que je suis ? Il était mon meilleur ami, j’avais confiance en lui. Ce qu’il m’a fait est impardonnable et quand bien même j’aurai réussi à lui pardonner, je n’aurai pu le regarder en face une nouvelle fois. C’est trop…

— Écœurant, répond Séléna à ma place.

— Ouais, c’est bel et bien le mot que je cherchais.

Il est temps de faire face, qu’elle me dit ? Si seulement elle était au courant de toute l’histoire, ce ne serait vraiment pas le même discours. Il y a des histoires qui vous brisent le cœur à jamais.

Il y a quelques années, j’étais extrêmement proche d’un garçon, que je considérais comme étant mon meilleur ami. Le fait est qu’il était amoureux de moi depuis qu’on était tout petit. Il en est venu à déménager et à partir de ce moment-là, on ne s’est plus revu pendant des années. Quand il est revenu prêt de chez moi, plusieurs années plus tard, dans un élan de bonté envers lui, j’avais décidé d’accepter (avec l’accord de ma grand-mère), qu’il reste à la maison le temps qu’il trouve un endroit pour vivre. Ce jour est arrivé assez rapidement, et quand il a décidé de partir, les choses ont commencé à se dégrader. Entre les disputes à répétition, le harcèlement moral et parfois physique. Il a essayé de s’attaquer à ma sœur, ça a été la plus grosse erreur qu’il n’ait jamais faite. Je l’ai pris par la peau des fesses et foutu dehors sans vergogne. Quelques semaines plus tard, il a essayé de se venger en m’attendant devant mon ancien lycée avec une bande de mecs venus de je ne sais où. Ils ont essayé, seulement. Ils ont beau être arrivés avec un attirail de choses et d’autres pour essayer de me tabasser, le fait est qu’ils n’étaient pas assez rapides, trop empotés, pas organisés. Tel est pris qui croyait prendre, une pauvre fille à mis botter les fesses d’une bande de garçons macho en quelques minutes. C’est le côté pratique de l’initiation aux arts martiaux. Enfin, initiation, plutôt l’extrême maitrise. Bien sûr, je passe très largement sur les détails les plus glauques de cette histoire, ils n’ont pas grand intérêt.

La morale de cette histoire, on ne peut même pas faire confiance à ceux que l’on connaît depuis toujours. Voilà pourquoi j’ai toujours aussi peur de me confier à ceux et celles qui sont autour de moi. Je n’ai aucune confiance en eux, même nos meilleurs amis finissent par nous trahir.

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