Theodora Roselyne – chapitre 14

Je la regardais rire depuis une bonne dizaine de minutes en essayant vainement de garder mon calme. Les larmes dégoulinaient le long de ses joues, il n’y avait rien que nous puissions faire pour calmer la fureur qui s’était emparée d’elle. Surplus de stress, d’événements mêlés à un nombre certain de cocktails, qu’étions face à cela ? Cette soirée bien que m’ayant été bénéfique avait fait ressortir en moi ce que j’essayais de cacher depuis ces derniers moi : ma douleur. Bizarrement, ça te tombe toujours dessus quand tu baisses la garde. Voilà ce qu’il s’était passé ce soir. Voilà pourquoi je n’arrivais pas à calmer mon amie. Comment le faire alors que j’étais moi-même en prise avec mes propres démons ? Qu’ils soient vieux ou récents. Oserais-je dire que j’avais peur de ce que l’avenir pourrait me révéler ? De perdre à un jeu que j’étais loin de maitriser. Cette confiance qu’ils semblaient tous me donner était beaucoup trop lourde à porter.

Alors oui, je ferais ce que j’ai promis. Parce que je suis comme ça, parce que je ne suis pas ce genre de femme à dire quelque chose sans le penser, ou de ne pas dire les choses en face. On ne peut pas mentir lorsque l’on est face à la mort tous les jours. On ne peut encore moins mentir lorsqu’on a la responsabilité de sauver tout un peuple. Que ce soit ou non prête à l’assumer.

Je m’étais allongée sur un banc dans un parc pour enfants. J’avais toujours trouvé les parcs particulièrement accueillants et pleins de vie. Et pour être tout à fait honnête, j’adorais faire de la balançoire.

Je n’avais aucune idée de comment il s’était trouvé là, mais quand Nate arriva dans le parc où l’on s’est posée, je me suis soudain sentie piteuse et honteuse. Allez savoir pourquoi, je n’avais pourtant rien fait de mal. Il est vrai que les filles étaient vraiment dans un drôle d’état, mais pour une fois, j’avais fait attention à ne pas faire trop d’excès. J’étais parfaitement apte pour la bagarre s’il le fallait ! Il n’était pas dans son état normal. Il est très rapidement venu m’embrasser pour dire, il fit la bise aux filles, et passa les dix minutes suivantes à nous prouver par A + B qu’il était temps de rentrer.

Pas de protestation dans les rangs. De toute manière, j’étais épuisée, je n’avais qu’une envie retourner dans mon lit et dormir jusqu’au surlendemain.

Le chemin du retour se fit dans le silence. Le sentiment de honte ne me quitta pas. Je dirais même qu’il ne fit qu’augmenter à mesure que l’on s’approchait de l’appartement. Je m’interrogeai, depuis quand le fait d’aller en soirée me rendait honteuse ? J’avais toujours adoré ça, c’était un des rares moyens que j’avais à ma disposition pour oublier les choses horribles que je pouvais voir dans mon métier.

On s’arrêta d’un seul mouvement à l’entrée de l’immeuble.

— Les filles vous pouvez monter, s’il vous plait, il faut que je parle avec Ely un peu, on arrive après OK ?

Le message était clair. Elles se dirigèrent sans mot dire en direction des escaliers, me laissant seule avec mon destin.

Ce fut un visage dur et fermé qui se tourna vers moi. Une colère sombre éclaircit ses yeux au point qu’ils en deviennent blancs. C’était la première fois que je le voyais comme cela et il me faisait peur.

— C’était quoi ce soir ? Un aspect de la personnalité de mademoiselle qui a tardé à se montrer ? Où est-ce que ça va toujours être comme ça ? Dis-le-moi que je me prépare.

— De quoi me parles-tu au juste ?

Il passa sa main dans les cheveux avant de prendre une profonde inspiration.

— Je parle de tout ça, tu as vu dans quel état tu te mets. Regarde-toi deux secondes dans un miroir, c’est pitoyable.

— Pour qui te prends-tu ? Depuis quand te dois-je quoi que ce soit ? J’ai ma vie aussi, je ne la fais pas en fonction de toi ou pour satisfaire tes besoins de perfection.

— Ah, mais crois-moi, moi aussi je ne fais pas ma vie entièrement en fonction de toi, mais il y a un moment où j’ai aussi le droit à des réponses.

— Mais quelles réponses ? Je t’ai prévenu que j’allais faire la fête avec les filles, que j’avais besoin d’une soirée. Qui a-t-il de compliqué à comprendre là dedans ?

Les larmes commencèrent à couler. Oui, je sais, ce n’est pas la réaction que j’aurai dû avoir. Il m’a blessé, vexé même. Le truc c’est que lorsque je me mets en colère contre les gens que j’aime, je pleure très souvent, d’autant plus devant à lui. Il me fait sentir faible comme une gamine et je ne supporte pas cela.

— Ely… Toute la nuit, j’ai… je ne sais pas comment te dire ça, c’est compliqué… Enfin… C’est comme si j’arrivais à sentir tes émotions. Ce soir, j’ai senti que ça allait vraiment mal, c’est pour ça que je suis venu te chercher. Je ne pensais pas te trouver dans cet état-là. J’ai fini par comprendre que tu n’es pas réellement capable de te contrôler, et qu’en ce moment tu vas mal… Je pensais que l’on avait passé le stade de l’autodestruction.

— Mais tu vois bien que je suis capable de me contrôler, que je suis là et que je vais bien, non ? C’est idiot ton truc. Depuis quand penses-tu pouvoir lire mes émotions ?

— C’est comme ça depuis… Paris.

— Paris ?

— Enfin, tout ça pour te dire que j’étais inquiet, et je ne voulais qu’on se dispute, mais parfois ta façon d’agir me fait peur pour l’avenir. Si à chaque fois que quelque chose se passe mal, tu te mets la tête à l’envers… La suite des choses risque d’être difficile pour toi.

J’adore lorsque l’on me juge de manière aussi ouverte.

— Nate, j’ai déjà du mal à assumer pas mal de choses. Entre qui je suis maintenant, ce que je dois faire pour plus tard ? Je suis irrémédiablement perdue ! Je ne sais pas non plus si tout cela est vrai, si je suis réellement celle qui parait. Et puis de toute façon pourquoi moi ? Qu’est-ce que j’ai le plus qu’un ou qu’une autre ? J’ai déjà pas mal de choses en tête, qui me prend le chou ! Alors pourquoi t’entêtes-tu à me mettre la pression comme ça ?

— Elena ! Mais réveille-toi un peu ! Si je te le dis, c’est que c’est vrai. Tu vis encore dans ton monde de Bisounours, tu es insouciante et complètement en dehors de la réalité. Tu n’es absolument pas consciente de ce qui va t’arriver si tu ne te décides pas réellement à agir. Ely… je ne veux pas te faire peur. Tu sais très bien que l’on sera toujours avec toi quoiqu’il arrive, mais prends conscience des choses. Et, arrête de pleurer…

— Comment, peux-tu me dire quelque chose comme ça et imaginer que je comprenne le tout comme si c’était normal ? Je ne peux pas assumer tout comme ça, de but en blanc, j’ai besoin de temps. Je ne suis pas élevée dans cette optique-là depuis toujours, moi.

— Très bien. Prends ton temps, puisque tu c’est ce que tu désires.

Il y avait des claques qui se perdaient !

— Ce ton-là, très peu avec moi. J’ai en effet besoin de temps, et j’ai besoin de toi aussi.

— Je sais. Et c’est pour ça que je suis venu te chercher.

— Et bien merci ! Si la prochaine fois je peux éviter la leçon de morale, ça m’arrangerait aussi !

— On ne peut pas tout avoir !

— J’avais bien cru comprendre…

J’avais envie de lui hurler dessus, mais à quoi bon, l’expression de son visage était suffisante pour faire craquer toutes les filles à des kilomètres à la ronde, mais je n’étais pas toutes ses filles. Je ne demandais rien d’autre qu’un peu de temps. Ce n’est quand même pas bien compliqué. Je finis par essayer de fuir cette ambiance. Il n’y avait rien d’autre à dire, alors je fis volteface et me dirigeai vers la porte. Il m’attrapa le bras et me tourna vers lui.

— Non, dit-il simplement.

Il m’enferma dans une étreinte protectrice, un peu trop vigoureuse pour que je puisse m’en sortir. Je me demandais souvent d’où pouvait venir toute cette force, après tout, il n’est pas bien épais et pourtant on a l’impression qu’il est capable de soulever des montagnes.

J’avais l’impression que tout ce que je pouvais faire était insuffisant. Depuis le début de cette histoire, je m’étais cantonnée à fuir ou à prendre mon temps. L’un comme l’autre, je n’agissais pas alors que les Rosayens périssaient les uns après les autres. Peut-être avait-il raison, peut-être que je devais sortir de ma petite bulle et voir le monde tel qu’il est.

Une vague de chaleur envahit mon corps. Une chaleur que je commençais à connaitre parfaitement. Ma vision se brouilla, et mon esprit fut transporté par delà les souvenirs qu’un être mort il y a bien longtemps de cela.

*

* *

— Où est-ce que l’on est cette fois ?

— Pourquoi râles-tu ? Il y a des moments où je n’ai pas forcément les mots qu’il faut alors je préfère laisser les autres le montrer.

— Tu n’as jamais les mots qu’il faut ! Donc qui doit me montrer quoi ?

— Regarde.

Il désigna de la tête un attroupement de personnes qui s’affairaient devant nous. La ville dans laquelle nous étions raisonnait de joie et d’ivresse. Le mariage venait d’être annoncé. À croire que le royaume ne vivait que pour ce jour là.

Les préparatifs du mariage princier battaient leur plein. De grandes guirlandes de dentelles blanches étaient parsemées un peu partout, des rubans, des fleurs disposées de toutes parts. On se serait cru dans un Disney. Nous empruntâmes les chemins pavés, zigzagants entre les artisans, les boulangers, bouchers ou encore tailleurs voulant absolument que leurs produits soient choisis pour la table royale.

J’ai du mal à croire que nous étions capables de nous promener dans un souvenir comme s’il ne s’agissait que d’un film. Chaque détail, chaque odeur, chaque visage étaient aussi vivaces que si j’étais réellement en train de me promener dans cette rue. Ce n’avait plus rien à voir avec mes rêves où je me voyais agir. J’avais l’impression que l’on pourrait une nouvelle fois se trouver face à Theodora et Léandre, aussi naturellement que devant les voisins le matin.

— Quand vont-ils se marier ? demandai-je alors à Nate.

— Un jour, peut-être deux, je ne sais pas exactement. Nous avions interdiction de se voir jusqu’au mariage. Enfin, ça, c’était sur le papier. Je ne me rappelle que de peu de choses autres que l’effervescence autour de l’événement. J’étais plus nerveux que toi. Il y avait quelque chose dans ta manière de prendre l’événement qui m’a toujours fasciné.

— Lequel ?

— Tu étais plus souvent dans tes pensées à déambuler sans destination dans le château que de crier après tout le monde pour que ce soit parfait. Il y avait en toi, cette sérénité qu’on retrouve que très rarement chez les futures mariées.

— Eleonore devait être nerveuse pour deux.

— On va dire ça, s’esclaffa-t-il. C’est elle qui a tout organisé. Elle a toujours imaginé ce jour comme étant le plus merveilleux au monde.

Merveilleux ? Cette femme qui considérait sa fille comme le monstre ayant tué son mari ? Je ne pense pas.

— Et personne ne s’inquiétait de savoir qu’elle allait se marier à moins de 18 ans ?

— Qui cela pouvait-il gêner ? Ce n’était pas la même époque. Se marier tôt était signe que l’on pouvait avoir des enfants tôt. C’était donc de bons augures, et signe de fécondité.

C’était troublant de se retrouver face à son passé. Regarder les préparatifs de ce mariage, plutôt notre mariage. Jamais, dans tout ce que j’ai pu imaginer au cours de mon adolescence, et dieu sait qu’il y a eu pas mal de choses, je n’aurai pu imaginer quelque chose de cette ampleur.

L’effervescence d’un mariage qui approche, d’une union qui durera bien au-delà des siècles, comment réussir à rayer tout ce que j’ai pu croire pendant des années pour cela : la prophétie, l’avenir glorieux, l’amour éternel est-ce que tout cela peut-il véritable exister ? C’est tellement contre nature.

Il y a encore quelque temps, je restais dans la mesure du possible une personne presque insouciante et heureuse de vivre. Aujourd’hui, je me rendais malheureusement compte que, sur cette terre, il n’y a pas que des guerres entre pays avec des armes humaines. Il y a aussi des actions mystiques dans le but, simple, d’anéantir des nations, des pays et des entités vivantes bien avant nous. J’avais découvert une toute petite partie de l’Iceberg, et j’avais peur de me confronter au reste. Nous ne sommes pas les seuls, c’est indéniable. Rien que depuis ces deux derniers mois, j’ai découvert l’existence d’un monde dans un livre… Un monde qui existe ailleurs que dans mes souvenirs. Comment y accéder ?

Je n’avais pas envie, outre mesure, de me lancer là-dedans. Je ne voulais pas avoir affaire à tout cela. Comme si ma vie n’était déjà pas assez compliquée. J’étais jeune, et même dans la fleur de l’âge, pourquoi s’encombrer d’une quête aussi importante. Ils étaient peut être tous prêt, mais pas moi. Mais, ils comptaient sur moi, et c’est important aussi. Oui, j’ai un esprit de contradiction très important. Je n’ai jamais pu m’empêcher de dire la chose et son contraire en quelques minutes. Mais un choix comme celui-là était susceptible de changer ma vie entière, ce doit être murement réfléchi. Que le temps que je prenais soit suffisant ou non. Il y aura aujourd’hui, même toujours une partie de moi qui regrettera de ne pas s’être lancée dans l’aventure.

Ce poids que l’on mettait sur mes épaules, je n’étais pas prête à l’assumer à vingt-et-un ans. Quand bien même, je crois que je ne saurais jamais capable de l’assumer. J’ai encore du mal à supporter le fait d’avoir abandonné ma sœur, de ne pas avoir eu de parents présents. Alors, si jamais je réitère les mêmes erreurs… On dit bien que la vie est un éternel recommencement…

— Dans ce cas, ton père serait mort quand tu étais jeune et tu aurais vécu avec une mère qui voyait en toi que l’image de son défunt et tant aimé mari.

— Ouais, c’était bien pire que cela, mes parents ont toujours été absents.

— C’est peut-être justement ça le fond du problème. Le complexe d’abandon. Ce n’est pas quelque chose d’héréditaire, au contraire, tu sais ce que c’est et tu ne vas pas vouloir recommencer et le faire vivre à ceux que tu aimes que ce soit, ta future famille ou ton peuple.

— Pourquoi moi ?

— Et pourquoi Élisabeth 2 est-elle reine d’Angleterre ? C’est ton sang. C’est ton passé, ton présent, ton futur. Tu ne peux pas renier qui tu es, ce que tu représentes.

— Mais si je n’en ai absolument pas envie ?

— Et moi, je n’ai pas envie de continuer à supporter ton psychobabillage et pourtant je n’ai pas le choix. Parfois, on ne choisit pas toujours ce que l’on veut faire, et c’est ce qui fait ce que l’on est. La manière dont on réagit à ce genre de coups. Maintenant, c’est à toi de voir. Est-ce que tu es une battante, celle qui fera honneur à sa réputation, ça son sang, son rang ? Ou, est-ce que tu es une gamine qui ne pense qu’à soi, et qui fera la honte de sa famille ? Alors Elena, qui es-tu ?

Une femme pleine de courage et de volonté. J’ai affronté des choses que personne ne pensait possibles à un âge aussi peu avancé qu’était le mien à l’époque.

Suis-je donc condamnée à être cette femme que je ne veux pas être. Condamnée à prendre possession d’un royaume, de me marier. Et comment suis-je censé faire cela ? Je me sentais maintenant scindée en deux. Entre deux personnes, deux mondes. Celle que j’étais, et celle que l’on attendait que je sois.

Tout ce que je ressentais, ce ne sont que des sentiments complètement contradictoires. La peur et le désir, la haine et l’amour. Mon corps était poussé vers ce royaume espérant que je réponde à l’appel, mon esprit lui demeurait humain et parfaitement conscient des dangers que pouvait représenter un tel abandon.

Nous traversâmes la plutôt courte distance qui séparait le village de l’entrée principale du château. J’essayai d’éviter les gens autour de moi, ce qui était complètement stupide puisque nous n’étions pas réellement là. Je trouvais cela bizarre de traverser un homme de part en part sans qu’il dise quoi que se soit. Superstition idiote, mais avec toutes mes découvertes récentes sur notre monde, j’en venais à me poser beaucoup de questions sur ce qui existait ou non. Y avait-il des fantômes dans ce monde ? Peut-être qu’ils pouvaient sentir notre présence ! Cette simple pensée me rendait mal à l’aise. J’avais l’impression de profaner une tombe.

Le château était aussi grandiose que dans mon souvenir. Il respirait d’autant plus le bonheur et la plénitude maintenant qu’ils préparaient le terrain pour le futur événement. La taille des rosiers avait triplé leurs multitudes de couleurs étaient entretenues par un thaumaturge ayant de toute évidence une affinité particulière avec les plantes. D’autres s’affairaient dans le fond du parc. Il y avait aussi du mouvement dans les écuries. Je me demandais d’ailleurs si ma jument ne se trouvait pas là-bas. La présence rassurante que j’avais ressentie à ses côtés durant mes rêves me manquait.

J’avais appris pendant mon petit week-end dans la demeure O’Callagan que dans ce monde, le mien, — comme dans celui ou règne la famille De Creil ou bien d’autres qui plus est —, les habitants ont pour la plupart, des capacités que j’appellerai magique, — ne pouvant lui concéder un autre nom. Elles leur permettaient bien des choses. Chaque… affinité utilisée à bon escient leur permettait de gagner leur vie.

Chaque grande famille du royaume possède ses propres capacités. Dans ma famille, nous sommes liés aux éléments — l’eau, l’air, le feu, la terre, l’électricité…  Dans celle de Nate, leurs capacités reposent sur la force brute. D’après ce que j’ai compris, ce sont des métamorphes, ils peuvent donc se transformer en n’importe quel animal. Nate m’a très peu parlé de son pouvoir et peu de mes questions ont trouvé de réponses. J’ai simplement compris que son incarnation favorite était celle d’un tigre blanc royal, plus grand, plus rapide et plus fort que ceux présents dans la nature. Quant au reste, ce n’était encore que mystère.

Il n’était donc pas étonnant de voir un jardiner user de ses petits talents pour entretenir le jardin. Je ne serais pas même étonnée de savoir qu’il y a plusieurs autres personnes affectées à cette tâche. De même, pour le ménage et les autres tâches comme je n’en sais pas moi… La cuisine ! Il doit bien y avoir des cuisines dans cette immense bâtisse.

Nous étions en train de profiter de l’ambiance survoltée qui régnait ici quand quelque chose d’étrange se produisit. Une rafale énorme balayant tout sur son passage nous projeta violemment dans les airs. J’atterris sur les fesses, complètement sonnée.

— Je croyais que nous n’étions pas censés ressentir les éléments, on ne devrait qu’être dans un souvenir non, hurlai-je en essayant de couvrir le bruit du vent.

— Je ne sais pas ! Je ne comprends pas ce qu’il se passe.

— J’ai l’impression d’être aspiré par une sorte de vortex.

Le vent redoubla de puissance, une tornade se forma en s’approchant dangereusement. Tout autour de moi était à présent différent. Le ciel n’était plus bleu, mais d’un violet profond, les nuages cachaient le soleil encore présent quelques instants auparavant. Autour de nous, il ne restait plus que des ruines des magnifiques rosiers qui donnaient son nom au royaume. Du château, seules les deux colonnes auxquelles nous nous étions désespérément accrochés subsistaient.

Un passage se créa, un gouffre énorme qui dont les tentacules de puissance nous aspiraient. Jamais encore je n’avais vu ou ressenti quelque chose de pareil.

Je cédai petit à petit face à la puissance de la tornade, ses tentacules de puissance magique s’enroulant autour de mes jambes et de mon corps, m’écorchant alors qu’elles m’attiraient inexorablement vers elles. J’eus beau me débattre de toutes mes forces, il n’y avait aucun moyen de se dépêtrer ce que piège infernal.

Nous aurions beau de débattre, le vortex gagnait en puissance. Que pouvions-nous faire contre une telle force ? La nature se déchaînait et nous étions sa cible.

Ce fait en tête, il n’a pas été très long de prendre la seule décision qui s’offrait à nous. Après cette longuement consulter du regard, l’évidence nous parvient, nous ne pouvions que nous laisser aller et plonger au cœur du passage. C’était cela, ou nous risquions de mourir ici. Cela nous prit quelques secondes pour lâcher prise et plonger dans le passage qui s’était ouvert pour nous.

Nous traversâmes le cœur du vortex, le vent tourbillonnant nous envoyait sans cesse nous cogner contre les parois, la traversée dura quelques secondes et nous nous retrouvâmes à son extrémité sans aucun autre problème. Je serais surement percluse de bleus, une fois dehors, mais rien ne pouvait nous arriver de plus.

Nous tombâmes dans une marre de boue immense, j’en étais entièrement recouverte. Je me redressai tant bien que mal, en essayant de ne pas glisser une fois de plus et regardai autour de moi.

Bon OK, je m’attendais vraiment à tomber sur tout, sauf, sur ça.

Il n’y avait là que désastre et pauvreté, poussière et crasse. Nous étions tombés bien loin de ce beau souvenir dans lequel Nate nous avait plongés. Un épais brouillard masquait la vue à trois mètres.

Nous étions sur les terres de mon royaume, je sentais encore la magie, très faiblement, mais elle était encore présente. Les ruines du magnifique palais qui avait jadis régné sur les hauteurs de la cité étalaient les grandeurs d’un royaume autrefois prospère. Des touffes d’herbes folles dépassaient çà et là, mais plus rien des rosiers qui courraient partout. Les maisons que j’avais trouvé quelques minutes plus tôt si belles, n’étaient plus que de petites huttes de paille. Les pavés n’étaient plus, maintenant la boue avait fait son apparition à profusion.

De La fumée qui émanait de petites cheminées ? Le village était encore habité, mais à quel prix. Il n’y avait personne nulle part. L’on aurait pu se croire dans un village fantôme si, à travers les petites fenêtres, nous n’apercevions pas les gens nous observer. Je passais mon temps à regarder derrière moi croyant que l’on était suivit, mais, rien ni personne. Comment se faisait-il que ces gens fussent capables de nous voir ? C’était insensé, nous étions dans un souvenir.

— Où est-ce que l’on est ? demandai-je alors que de plus en plus de personnes s’amassaient aux fenêtres.

Bien que je connaisse la réponse, j’avais besoin que Nate me rassure. Qu’il me dise que ce n’était qu’un malentendu.

— Je n’en suis pas sûre, répondit-il songeur.

Il regarda autour de lui reniflant comme pour s’imprégner de l’air ambiant. Il paraissait aussi déboussolé que moi. Ce n’était pas vraiment bon signe.

La terre exerçait sur moi une attraction incroyable. Me souhaitait-elle la bienvenue ? Cette énergie folle s’enroulait autour de moi comme un linceul, épousant chaque forme de mon corps. La dernière fois que j’avais ressentis quelque chose de tel, ce fut lorsque j’ai ouvert pour la première fois, le livre de Theodora. Ce n’était pas un hasard.

Les villageois continuaient de nous observer, nous décidâmes de nous mettre en marche. Rester à patauger dans notre flaque de boue, n’inciterait personne à venir nous voir. Personne n’osa cependant sortir pour savoir ce qu’il en est. Au contraire, lorsque l’on s’approchait un peu trop de leurs fenêtres, ils fuyaient le plus rapidement possible.

La crainte dans leurs yeux me fit mal au cœur. Comment pouvait-on avoir aussi peur que de simples étrangers ? Même si les étrangers en question sont arrivés ici par le biais d’un vortex magique. Enfin, ce n’est qu’un détail pour un monde qui vit avec la magie. Je désespérai d’un jour trouver une âme charitable.

— Quelqu’un approche, me chuchota Nate, pas de mouvement brusque.

— Tu me dis ça, à moi, répondis-je d’un ton pince-sans-rire. Ce ne sont pas des animaux à la fin.

Il me sourit et se tourna vers celui qui osait approcher de nous.

— Bonsoir, je suis Melchior, le chef du village. Que puis-je pour vous ?

La surprise était telle que je n’arrivais à dire quoi ce soit. Nate regarda le vieil homme d’un air grave, mais ne lui répondit pas. Qu’aurais-je bien pu répondre à cette question ? « On a été pris dans un vortex et on ne sait pas comment rentrer chez nous, vous n’auriez pas quelques haricots magiques ? », pathétique. .  Plusieurs minutes s’écoulèrent, j’osais à peine respirer.

— Votre visage m’est étrangement familier, êtes-vous déjà passé par nos lieux, nous demanda Melchior, d’un air de plus en plus intéressé.

Autour de nous, les villageois commencèrent à sortir de leurs huttes. Bande de petits curieux !

— Pas à ma connaissance, à vrai dire, nous ignorons de quelle manière nous sommes arrivés ici.

— Ici, dans le village, ou en Terre de Roseraie ?

En Terre de Roseraie ?

— Oui, c’est bien ce que je pensais, marmonna Nate de ce ton mystérieux qui me donnait des boutons.

— Éclaire-moi donc de tes lanternes mon cher, lui répondis-je quelque peu énervée.

— Bienvenue chez toi, on est à Dardhélia, capitale de la Roseraie.

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