La Fille des Terres Sauvages – Chapitre 1

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Cette histoire prend ses racines dans un village de pêcheur à la pointe du Finistère. Le Conquet. C’est ici que vit Kayla O’Callagan, une jeune Franco-Irlandaise un peu excentrique. Elle passait ses vacances dans la maison qui avait appartenu à son arrière-grand-mère, une sorcière très puissante du nom de Maryann Lynn. Son arbre généalogique était quelque peu compliqué : née à Toulouse il y a de cela vingt-cinq ans, elle avait vécu dans une espèce de monde parallèle jusqu’à ses seize ans. Ce jour-là, elle décida de s’émanciper et de revenir dans le monde des humains. Elle était le fruit de ses parents humains et non de ses parents Terrians. Pour faire simple, ses parents étaient deux humains, l’un né en banlieue parisienne et l’autre en Irlande. Il s’est aussi avéré qu’ils étaient la réincarnation de personnes ayant vécu plusieurs centaines d’années auparavant venues pour faire renaître la grandeur passée d’un royaume se trouvant dans ce fameux monde parallèle, la Terria. Et ceux, comme tous les autres membres de sa famille, jusqu’à ses cousins. Ils étaient tous nés dans cet ancien temps, avant de mourir et de renaître. Tous, sauf elle.

Elle était la fille de Nate et Elena et non de Léandre et Theodora et cela faisait une très grande différence. Elle n’avait pas hérité de pouvoirs Terrians, mais uniquement de pouvoirs humains, elle ne se sentait donc pas à sa place dans la Roseraie, le royaume de ses parents. Quand elle prit la décision de partir, son père l’avait renié. Elle n’avait plus sa place dans ce royaume, aujourd’hui encore moins qu’avant. Et pourtant, elle se languissait souvent de l’absence de ses proches auprès d’elle. Cela faisait maintenant dix ans qu’elle vivait seule. Oh, elle avait bien ses deux tantes Ambre et Amélia et son grand-père Édouard, mais que vaut l’amour de ses parents ? Elle avait appris à faire avec, c’était sa décision après tout. Et d’ailleurs, cette histoire ne traite pas de ses regrets, elle n’en avait guère. Non, il est plutôt question de la vie qu’elle mène aujourd’hui.

* * *

Kayla était assise dans sur la terrasse en bois qui donne sur le front de mer. Elle regardait les vagues aller et venir son mug de café dans la main. « Rien n’est mieux que de profiter de vacances bien méritées ». C’est ce que lui avait dit son grand-père et patron lorsqu’il l’avait forcé à prendre des vacances. Cela faisait bien cinq ans qu’elle enchaînait les missions sans jamais prendre le temps de se reposer.

Elle aimait ce qu’elle faisait, il n’y avait aucun doute là-dessus. Elle était aussi très douée. Mais, elle avait la désagréable obligation de vivre dans l’ombre de ses parents, ici aussi. Ils s’étaient connus et aimés grâce à l’agence. Édouard ayant tout fait pour protéger ses filles et faire en sorte que leur destin s’accomplisse. Mais ils n’étaient plus là, elle si.

Deux semaines, elle était en train de devenir complètement folle. Elle avait lu assez de romans pour faire pâlir d’envie n’importe quelle bibliothécaire et avait fait mille fois le tour de sa playlist. Quant à faire un peu de tourisme ? Depuis dix ans qu’elle avait élu domicile l’été dans la vieille demeure familiale pleine de secrets et de magie, il n’y avait plus rien qu’elle ne connaisse pas par cœur. Sa grand-mère lui avait d’ailleurs légué un vieux grimoire de sorcellerie, enfin, elle l’avait légué à sa mère qui lui avait donné après. Elle avait beau être issue d’une grande lignée de sorcières, ses capacités en la matière étaient plus que limitées. Elle était beaucoup plus à l’aise avec sa forme animale : une louve. Oui, oui, une louve, pas un garou, juste une louve. Elle n’était pas sensible au cycle de la lune, sa transformation n’était en rien douloureuse, et elle pouvait garder ses vêtements durant la transformation. Ils en ressortiront quelque peu abîmés, mais toujours mettables. Le seul petit hic, c’est qu’en sa condition de louve, elle devait logiquement appartenir à une meute. Or, elle n’acceptait aucunement de devoir baisser l’échine devant un Alpha pour la simple et bonne raison qu’elle était beaucoup plus dominante que la plupart des Alphas locaux. Ce qui faisait d’elle une Omega presque immédiatement. Et il était hors de question qu’elle est à gérer une meute. Elle serait de toute manière incapable de se laisser dominer. Donc pas de meute. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir dû subir les assauts pratiquement incessants des deux plus grosses meutes parisiennes. Les rues se transformaient parfois en terrain de chasse vivant.

C’est d’ailleurs pour protéger les humains que son grand-père avait créé la « brigade du surnaturel », autrefois gérée par son père, elle avait pris la relève. Elle était la candidate idéale pour cela. Plus rapide et plus forte que la plupart des humains, elle possédait un flair au-delà de la moyenne et une certaine résistance à la magie.

Elle avait commencé ce métier alors qu’elle ne connaissait absolument rien au monde dans lequel elle venait d’entrée. Elle passa d’un univers où la magie fait partie intégrante de sa vie pour un autre où elle devait cacher ce dont elle était capable et préserver la population. Un sacré changement. Heureusement, elle était le genre de fille à apprendre très rapidement. Cette capacité lui sauva d’ailleurs la vie à de nombreuses reprises.

Vers midi, alors qu’elle s’apprêtait à téléphoner à son grand-père, elle reçut la visite d’une sorcière. Son arrière-grand-mère avait été jadis, le grand-maître de ce que l’on appelle communément les Gardiens des Portes et des Sorts. Une communauté de sorciers et de druides qui gardaient la Porte. Un des seuls endroits sur Terre qui permettait d’accéder à tous les autres mondes. Oui, tous. De la Terria à la Faerie en passant par les Enfers. Aujourd’hui, Maïwenn Le Gallec en était le grand-maître. La cinquantenaire dut être particulièrement belle durant sa jeunesse. Aujourd’hui, le roux de ses cheveux était surement moins vif, mais elle ne doutait pas que ses yeux fussent moins brillants. Elle exultait de puissance. Non que cela gênait particulièrement la jeune femme, elle avait l’habitude d’être entourée de personnes particulièrement puissantes, mais elle préférait ne pas se sentir menacée sur son territoire. La Louve en elle était particulièrement territoriale.

Lorsqu’elle se leva pour aller gentiment ouvrir à son visiteur, elle reçut une attaque magique de premier plan en guise d’accueil. Le choc fut si violent qu’elle l’envoya valser de l’autre côté de son jardin. La louve gronda. Être attaquée sur son propre territoire, voilà bien quelque chose d’inconcevable. Respirant un coup, elle lutta contre une transformation inopinée. Elle avait beau ne pas être un garou, sa colère pouvait parfois amener à une mutation. Elle dut apprendre très jeune à ne pas céder à ses bas instincts. Son père l’avait d’ailleurs beaucoup aidé à ce propos. Il serait quand même dommage de ramener le grand-maître en morceaux à sa communauté. Maïwenn n’était vraiment pas douée pour la diplomatie. La violence avec un métamorphe n’est jamais une excellente idée. Kayla espérait qu’elle l’aurait compris au bout de plus de vingt ans.

— Que me vaut cet accueil, Maïwenn ?

La lutte pour garder son calme s’avéra être un échec, ses mains étaient désormais pourvues de grandes griffes et sa voix déformée par les crocs qui faisaient leur apparition dans sa bouche. L’intrusion était beaucoup trop importante pour que la Louve ne la laisse passer.

— Tu es ici depuis bien trop longtemps, monstre, ta présence perturbe notre cercle magique. Je te somme de partir d’ici sur-le-champ.

Kayla eut un petit rire.

— Je suis ici chez moi, en aucun cas je ne peux tolérer une telle intrusion. Toi qui me considères comme un monstre parce que je possède une capacité que tu ne seras jamais d’acquérir, tu devrais savoir que l’on ne provoque pas un métamorphe sur son propre territoire, cela peut s’avérer dangereux, réplique-t-elle d’un ton doucereux.

Elle était désormais capable de parler normalement. Elle avait réussi à saisir son arme de service, un Walter CP99, qu’elle braquait sur la femme qui s’était introduite chez elle.

— Tu aurais dû être tué à partir du moment où tu as mis le pied chez les Lynn.

— Et vous auriez tué un agent gouvernemental. Je ne suis pas sûre qu’une sorcière en prison soit une sorcière heureuse. Et encore une fois, je suis la fille d’Elena Delacroix, la petite fille de Katherine Lynn et arrière-petite-fille de Maryann Lynn. Il y a assez de grand-maîtres dans ma lignée pour que tu retournes d’où tu viens avec tes idées mal placées là où je pense.

La magie emplit de nouveau l’air, cette fois elle ne se laissera pas avoir. Quand le choc partit, elle l’accueillit en levant son bouclier psychique. Une des rares choses qu’elle savait faire avec ses soit-disant pouvoirs, résister aux autres sorcières. Elle était aussi capable de changer la météo en fonction de ses humeurs. Il parait que sa mère aussi en était capable. Mais rien de plus. Elle n’avait jamais été formée et ça ne l’avait jamais intéresser.

Tant pis, si la dissuasion ne fonctionnait pas, elle passerait à l’étape suivante. Elle sauta par-dessus les parements qui entouraient son jardin et se retrouva à quelques centimètres du visage de la sorcière. Sa main griffue entoura son cou frêle, elle la souleva et nous retrouvâmes la sorcière plaquée contre les murs de la maison, luttant pour retrouver sa respiration.

— Je ne le dirai pas deux fois, Maïwenn, ne viens pas me menacer chez-moi si tu ne veux pas te retrouver dans l’estomac d’une louve. Tu as encore une belle vie devant toi, ne la gâches pas pour des guerres de pouvoirs. Je ne m’intéresse pas à ta communauté. Je suis seulement ici en vacances. Et depuis que je viens, c’est bien la première fois que j’entends parler d’une perturbation dans le cercle. Je te conseille de vérifier tes sources avant d’accuser quelqu’un à tort. Je ne fais pas de magie ici. De toute manière, j’en suis incapable. Alors, laisse-moi profiter de mes vacances en paix. Et si je dois encore une fois te virer de chez moi, tu le feras en plusieurs morceaux. Suis-je claire ?

Kayla relâcha sa prise, la sorcière glissa le long du mur jusqu’à se retrouver à genoux devant elle. La louve appréciait grandement cette marque de soumission, mais préfèrerait ne pas avoir à montrer les crocs de cette manière. Maïwenn partit quelques minutes plus tard sans rien dire de plus. Elle avait de toute évidence compris le message.

Kayla n’était pas aussi colérique normalement, son self contrôle était sans équivalent. Mais la solitude rendait sa louve parfois irritable. Elle se languissait de son âme sœur. D’ordinaire Eloïse et Gabriel, les deux meilleurs amis et équipiers de Kayla satisfaisaient les besoins de compagnie de la louve, mais depuis ces deux dernières semaines, la solitude se faisait lourde.

Se laissant aller, Kayla se métamorphosa quelque temps après le départ de la sorcière. Elle avait grandement besoin de faire un tour. Ses os craquèrent et la fourrure apparue. Sa robe était blanche avait une tache noire sur le front et sur le bout des pâtes. Une couleur très peu commune pour une louve. Elle était donc parfaitement remarquable.

Elle s’ébroua afin de chasser les dernières particules de magie et s’élança d’un bon gracieux vers l’arrière-pays breton. La balade était vivifiante, elle adorait courir, les embruns de la mer amenaient de nombreuses odeurs à ses narines et elle se plaisait au plaisir de la traque. Elle tua les quelques lapins qui eurent le malheur de se trouver dans son chemin et continua de courir jusqu’à ce que la fatigue commence à se faire sentir. Elle s’allongea dans l’herbe et continua de regarder la mer montée. Les grandes marées arrivaient, dans quelques temps il y aurait foule de touristes, et une louve se promenant librement ne passerait surement pas inaperçue. Elle ne voulait pas attirer le regard sur elle. La prudence était donc un des maîtres mots dans ce genre de ballade.

Quand ses yeux commencèrent à se fermer seuls, elle se dit qu’il était enfin temps qu’elle rentre chez elle. Les vagues étaient de plus en plus fortes, le vent se durcit à mesure que la soirée avançait. Il y aurait surement une tempête ce soir. Elle préférait être rentrée avant d’avoir à affronter les éléments.

Plus tard dans la soirée, Kayla s’installa confortablement dans un des canapés de la vieille maison. Elle alluma un feu et continua à observer la tempête arriver. Cela ressemblait un peu à sa vie. Orageux, éphémère, fort et dangereux. Elle devait vivre en harmonie avec une Louve, satisfaire les exigences de son métier, et vivre avec son identité. Cela n’aurait pas été un problème si elle n’avait pas constamment l’impression qu’on lui reprochait d’être ce qu’elle est. Elle plongea rapidement dans un profond sommeil, sa course l’avait épuisée. Peut-être pourrait-elle faire une nuit complète pour une fois. Ses insomnies régulières étaient particulièrement difficiles à vivre ses derniers temps.

* * *

Il faisait nuit noire quand le bruit d’une explosion la réveilla. Elle se précipita sur la porte-fenêtre pour voir des volutes de fumée s’échapper d’une des cavernes de la côte. Elle se rendit rapidement compte que ce n’était pas n’importe quelle explosion. La décharge de magie qui arrivait à elle lui prouva qu’elle avait raison. Le portail venait d’exploser. Les sorciers avaient déjà fait tout ce qui était possible pour camoufler les dégâts et protéger leur portail de toute intrusion humaine. Aucun des habitants de la région de saurait d’où proviendrait ce bruit. Fort heureusement !

Elle songea à aller proposer son aide, mais elle avait peur d’être mal reçue. Après tout, Maïwenn lui avait clairement fait comprendre qu’elle n’était pas la bienvenue ici. Alors de là à aller leur prêter main-forte. Elle soupira… son sens de l’honneur et du devoir était malheureusement plus fort que la rancœur envers la sorcière et sa communauté.

Elle saisit son téléphone et appela son grand-père. Après tout, ils ne pourraient pas refuser de l’aide d’un des membres de la « brigade du surnaturel »

Lorsqu’il répondit, Édouard ne sembla nullement étonné.

— Oui, tu peux aller voir ce qu’il s’est passé avec ton badge, Kayla.

Cet homme était un génie, pensa-t-elle. Comment pouvait-il déjà être au courant d’un évènement qui venait tout juste de se dérouler à près de cinq cents kilomètres de la capitale ?

— Un jour, il faudra que tu me donnes tes sources, elles sont vraiment bonnes.

Il éclata d’un rire chaleureux. Édouard était immortel, il vivait sur cette Terre depuis bien trop longtemps pour qu’il soit possible de le compter. Il avait aussi été Terrian, mais avait dû partir pour protéger sa famille. Elle respecta cet homme plus que son propre père.

Ils conclurent leur conversation par les politesses habituelles. Kayla attrapa son perfecto de cuir et grimpa dans son Audi R8 noire. Elle roula d’une allure raisonnable jusqu’au chemin menant au portail. Elle sortit son badge de la boite à gants, plaça ses armes dans leurs holsters et sortit. Ce n’était qu’une visite de routine, elle ne prit que six couteaux et son Walter qui ne la quittait presque jamais. Habituellement, elle possédait une épée calée le long de son dos, et deux révolvers de plus. Minimum.

Elle avança prudemment le long de la paroi et descendit les quelques mètres qui la séparaient de l’entrée. Les dégâts n’étaient pas si importants qu’on aurait pu le penser. La magie bouillonnait encore à l’intérieur de la grotte, elle était surement due aux sortilèges mis en place par la communauté pour protéger le lien des éventuels visiteurs, mais Kayla perçut le bourdonnement typique du portail. Elle sentait l’Appel de son monde. C’est une des raisons pour laquelle elle ne faisait pas partie de la communauté. Elle ne supportait pas se trouver à l’intérieur de la caverne ou d’être à proximité du portail. Ce qui était particulièrement gênant.

Les membres de la communauté passèrent devant elle en l’ignorant de manière délibérée malgré le badge de la Brigade affichée à la vue de tous. Cela la rendit encore plus irritable qu’elle ne l’était déjà. Elle s’éclaircit la gorge bruyamment et déclara :

— Au risque de paraitre effronté, je vous signale qu’un membre de la Brigade se trouve parmi vous. Je vous demande donc de laisser tomber vos rancœurs et vos égaux mal placés et me dire ce qu’il s’est passé.

C’est une adolescente qui se dirigea vers elle. Elle était petite, rousse et des taches de rousseur lui courraient sur les joues. Elle serait surement très jolie une fois adulte, Kayla n’en doutait pas.

— Je suis Marion Le Gallec, la fille de Maïwenn. Ma mère à la rancune facile comme vous avez pu le remarquer, je parlerai donc en son nom.

— Enchantée. Je suis Kayla O’Callagan.

Elle eut un petit sourire timide. Bon dieu, cette petite ne devait pas avoir plus de quinze ans et elle faisait le travail de sa mère.

— Je sais qui vous êtes. Vous ne passez pas inaperçue dans la région. Votre louve est d’ailleurs magnifique. Ma mère voue une haine féroce envers les métamorphes, je n’ai jamais compris pourquoi, mais ce n’est pas une raison pour vous traiter comme un monstre. Après tout, vous êtes aussi l’une des nôtres. Les Lynn ont toujours été très puissantes et généralement leurs membres deviennent des Grands maîtres.

Elle remercia la jeune fille d’un signe de la tête. C’était bien la première qu’on la traitait autrement que comme une pariât dans cette communauté. Il avait fallu que ce soit une enfant qui considère autrement. Belle leçon d’humilité pour les parents.

— Que s’est-il passé ?

— Il y a des perturbations depuis plusieurs jours au niveau du portail. Maman était persuadée que c’était de votre faute, parce que vous ne contrôliez pas vos capacités. Mais les perturbations étaient bien trop fortes. Sauf votre respect, aussi puissante que vous soyez, aucune personne ne peut troubler autant un portail par sa seule présence. Je pense que ma mère vous craint, qu’elle a peur que vous soyez là pour lui ravir sa place.

J’en étais sûre, il n’y a pas que de la haine et de la peur dans le poison des paroles de Maïwenn, il y avait de la jalousie aussi.

— Tu peux rassurer ta mère, je ne suis pas là pour lui prendre sa place. J’ai déjà bien assez à faire à Paris. J’ai juste pris quelques jours de vacances.

— C’est bien ce que je pensais, vous ne m’aviez jamais semblé méchante. Dangereuse oui, mais pas méchante. Vous vous défendiez, c’est tout.

Cette petite l’avait mieux cerné que sa mère. Kayla était impressionnée.

— Je pense qu’il se passe quelque chose en Faerie, poursuivit la jeune sorcière. J’ai reconnu la signature caractéristique des sidhes. Mais personne ne veut me croire. Peut-être que si vous veniez avec moi, et confirmiez mes dires, ils arrêteront de me traiter comme une moins que rien parce que je n’ai pas encore été initiée.

Kayla réprima une grimace de dégout. Elle n’avait absolument pas envie d’aller dans la grotte et encore moins d’examiner le portail. La simple idée lui donna la nausée. Mais elle allait le faire, pour mener son enquête à terme et avoir un rapport à faire à son grand-père de patron, mais aussi parce que cette jeune fille avait besoin de la reconnaissance des siens, elle qui connaissait ce problème mieux que personne.

Elle se fit violence, elle le devait pour Marion, et pour prouver qu’elle n’était pas qu’un monstre. Ce n’est pas parce qu’elle était capable de se transformer en Louve qu’elle est un monstre. A chacun ses capacités dans ce monde de brutes.

Elle suivit la jeune sorcière vers les confins du sanctuaire. Personne n’essaya de nous empêcher d’entrer. De toute manière, c’est un délit de s’attaquer à un agent durant l’exercice de ses fonctions. Les prisons de l’agence ne sont pas les plus accueillantes du pays. Ca n’aurait pas cependant, dérangé Kayla d’envoyer Maïwenn pourrir là-bas. Cette perspective lui donna un peu de baume au coeur. Elle regretta même que personne ne l’attaque. Elle n’était jamais contre un peu d’action.

Elle essaya d’ignorer l’appel de la Terria lorsque qu’elle pénétra dans le sanctuaire. Rapidement, la magie lui emplit les poumons, elle eut l’impression d’étouffer. Elle s’appuya contre la paroi le temps de reprendre son souffle. Kayla était une professionnelle, elle n’avait pratiquement que cela. Elle ne pouvait pas se permettre de paraitre faible, même aux yeux d’une enfant, cela nuirait fortement à son travail, à son image. Elle prit quelques secondes pour s’assurer que ses jambes étaient bien décidées de soutenir son poids et continua à gravir le chemin escarpé qui menait au centre du sanctuaire. Elle se demandait pourquoi la magie lui faisait un effet aussi puissant alors que Marion semblait se mouvoir dans cet univers sans sentir la pression autour d’elle. Peut-être sa sensibilité était due à son appartenance aux différents mondes qui convergeaient en ces lieux.

Le fond de la vieille grotte était aménagé de manière à former un sanctuaire : au sol, se dessinait un cercle d’obsidienne. En son centre, une rune antique représentait les différents mondes accessibles de ce point précis. La magie convergeait de chacun de ses points en un portail central d’où l’énergie qui l’étouffait tant émanait ; sombre, lumineuse, sinueuse ou électrique. Les formes de magies étaient diverses, si bien que Kayla se demandait si elle arriverait à déterminer quelle est celle qui se détache des autres sans être forcément attirée par la Terria. Cela relevait d’un challenge qu’elle ne se sentait pas encore prête à relever. Pour cela, elle devrait abaisser complètement ses boucliers et se laisser posséder par la magie. Une expérience qu’elle avait déjà vécue une fois, et qu’elle n’était pas prête à recommencer.

Une atmosphère tellement lourde régnait à l’intérieur du sanctuaire que Kayla mis plusieurs secondes à se rendre compte que des torches brulaient aux murs et que des spots diffusait une lumière tamisée. En son centre, on devinait le point principal de l’énergie des mondes, dans ce qui devait être la porte. Elle s’intéressa plus particulièrement au portail. Une lumière puissante émanait, d’un doux blanc très légèrement bleuté. On aurait presque dit de l’eau en suspension dans l’air où l’énergie se promenait par vague. Elle était impressionnée par autant de beauté, et regretta presque instantanément sa peur. Comment pouvions-nous avoir peur d’une chose aussi belle ? Elle avait envie de mettre sa main dedans et de laisser glisser la magie sur son corps. Elle voulait sentir se pouvoir s’introduire en elle. S’en devenait presque une obsession. Le portail prenait petit à petit possession de son âme au point de se laisser volontairement happer par sa puissance. Jamais elle n’aurait fait cela en temps normal, Kayla fuyait tout ce qui avait attrait à la magie en temps normal. Il n’y avait rien qu’elle ne craignait plus ce cela.

Marion s’interposa entre Kayla et le portail. Il était dangereux de fixer les abysses aussi longtemps au risque de s’y perdre. Elle le savait pourtant, c’est l’une des premières choses qu’elle avait compris en arrivant en Bretagne. Elle remercia la jeune fille d’un signe de tête. Après tout, elle n’était pas obligée de comprendre pourquoi la magie avait autant d’impact sur elle.

A son arrivée à Paris, Kayla s’était très rapidement rendue compte que malgré qu’elle ait suivit toute sa vie un apprentissage complet, à l’instar de celui que suivent les enfants à l’école, elle n’avait aucune connaissance sur le style de vie, les insidieuses de ses origines. Elle s’était alors retrouvée seule face à l’inconnu. Heureusement, sa tante Ambre, s’occupa d’elle. Elle suivit des cours à domicile afin d’obtenir un baccalauréat comme tous les français. Au moins, elle pouvait prétendre à une vie normale, ce disait-elle. Ce diplôme serait la clef de ses ennuis. Plus tard, elle comprit aussi, que bien que ses parents soient français, ses origines étaient aussi ailleurs. L’Irlande recèle un grand nombre de mythes, et lorsqu’elle s’intéressa de plus près au mythe des Sidhes, quelle partit même à la rencontre de certains d’entre eux qui vivaient encore sur Terre, elle était tout à fait capable de sentir leur magie. Lorsqu’elle ne se concentre pas, leur magie avait un effet hypnotique sur elle. Elle l’attirait irrémédiablement à elle. Elle mettait souvent cela sur ses origines. Après tout, son arrière-grand-père avait été un personnage tout à fait hors du commun, et avait longtemps été l’amant d’une la Reine de la Cour d’Hiver. Peut-être avait-elle hérité d’une sensibilité spéciale à cette magie ?

Elle ne trouva pas étrange l’effet qu’eut le portail sur elle, bien au contraire, elle comprit rapidement que la jeune sorcière avait raison. La Faerie était bien à l’origine de ce débordement d’énergie. Malheureusement, la communauté ne pourra pas faire grand-chose. Ils n’avaient aucun poids en Faerie, seulement au niveau du portail.

Il existait d’autres portails menant en Faerie, comme en Terria d’ailleurs. Seulement, celui-ci était le seul qui menait à tous les endroits à la fois, ce qui en faisait un endroit particulièrement dangereux qu’il fallait absolument surveiller. C’était donc la tâche de la communauté, chapeauté par l’agence. Mais ça, seulement le grand-maître était au courant.

Elle fit rapidement part de ses découvertes à la jeune femme, qui s’en réjouit. Kayla était heureuse d’avoir pu donner de confiance en soi à cette sorcière, qui, elle en était sûr ferait un bien meilleur grand-maître que sa mère.

* * *

Ce n’est que confortablement installée dans son canapé que Kayla se décida d’appeler Edouard pour lui faire part de ses trouvailles.

Elle n’avait pas eu à faire grand-chose de plus auprès de la communauté. Après avoir identifié la source de la surcharge magique et de l’avoir mis dans les dents d’une quinquagénaire bien trop imbue de sa personne, elle était retournée tranquillement chez elle. Son travail était terminé. Elle ne pourrait rien faire de plus. Il était convenu que l’on ne devait pas se mêler des affaires internes des autres races, sauf si cela empiétait sur leur territoire. Hors, la communauté n’avait rien vu passé à travers le portail, sauf erreur de leur part. Leur rôle sera donc de catalyser l’énergie au maximum pour que cela ne dérange pas l’ordre.

Or, même si personne ne pouvait faire quoi que se soit, cela n’inaugurait rien de bon si les Faes commençaient à détraquer leur magie, Kayla en avait parfaitement conscience, et Edouard aussi.

Cette nouvelle sonnait le glas de ses vacances en Bretagne. Et cette perspective la réjouissait grandement.

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