[Chronique #46] L’Armée Furieuse

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  • Auteur : Fred Vargas
  • Editions : J’ai lu
  • Sortie le 18 mai 2011, 441 pages, 7.9€
  • Thème : policier, légendes, suspense
  • 4ème de couverture : « Avec sa petite blouse à fleurs et son air timide, Valentine Vendermot et son histoire de fantômes ne sont pas de taille à mobiliser une brigade parisienne. Pourtant, le commissaire Adamsberg a très envie de s’intéresser à cette chevauchée nocturne dans le bocage normand. Il délègue l’enquête en cours et se end sur les lieux : Ordebec, son église, son bistrot, son chemin de Bonneval, ses crimes atroces. »

Mon avis : il y a quelques semaines déjà, je retrouvais avec plaisir l’univers de Fred Vargas. Un univers que j’avais quitté quelques années plus tôt. Par bonheur, il se trouve que l’une de mes amies vient de la découvrir, du coup, je prends plaisir à lui emprunter les romans que je n’ai pas encore lu. En l’occurence, l’Armée Furieuse. J’ai passé un très bon moment de lecture, parfois, ça a du bon de changer de registre. J’avais oublié à quel point je pouvais adorer le personnage d’Adamsberg et la plume de Fred Vargas.

Jean-Baptiste Adamsberg est sur la sellette, son caractère nonchalant, ses intuitions sans queue ni tête et ses réflexions toutes aussi imagées, agacent en haut lieu. Le moindre faux pas pourrait bien lui coûter sa place. Et un faux pas, il en fait un lorsqu’il laisse s’échapper l’unique suspect dans une affaire impliquant l’une des plus grandes familles parisiennes. Echappant de justesse à l’enquête de l’IGS, il s’exile en Normandie, à Ordebec où une curieuse affaire mêlant légendes régionales et meurtres sordides l’attend. L’Armée Furieuse menée par le Seigneur Hellequin depuis le XIème siècle, désigne des « saisis », des hommes tués les uns après les autres, châtiés pour leurs crimes. Maintenant, reste à savoir si Adamsberg sera assez rapide pour empêcher la Mesnie de s’emparer les trois âmes désignées restantes. 

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Le propre de l’univers de Fred Vargas, c’est de nous embarquer dans un monde un peu parallèle où tout se mélange dans un melting pot d’idées et de pensées propre au personnage principal de cette série. Plusieurs enquêtes s’imbriquent, et les indices des uns permettent de donner matière aux autres. On reconnait bien dans ce texte le domaine de prédilection de l’auteur. Détentrice d’un doctorat d’archéologie et d’anthropologie, ce genre d’histoire mélange légendes régionales a dû pendant de nombreuses années être son lot quotidien.

Il n’en reste pas moins que l’histoire est mouvementée, rythmée par de nombreux meurtres et de nombreux rebondissement qui ponctuent l’action. A chaque fois que l’on croit trouver une piste qui nous mène au tueur, Vargas apporte un élément nouveau qui contrecarre nos estimations, elle nous oriente volontaire dans de nombreuses directions pour nous éloigner le plus possible du véritable coupable, et ceux, jusqu’au bout.

Alors que l’on se perd entre les intrigues et les révélations, on s’amuse aussi beaucoup des dialogues complètement absurdes qui sont l’une des spécialités de Vargas. Faire toute une histoire d’un pigeon, désigner coupable des « fils de » à cause d’un simple regard, tout autant de petits détails qui nous encre dans l’histoire et nous perturbe d’autant plus. Il n’y a parfois aucun rapport entre les dialogues et l’intrigue et pourtant, ça finit par faire sens. Rien n’est jamais écrit au hasard.

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L’univers de Fred Vargas se sont aussi des personnages forts, une équipe éclectique et pourtant complémentaire. Il y a bien sûr Adamsberg, le personnage pivot de ces romans. Un homme qui se ressemble à aucun autre, qui réfléchit comme aucun autre. Il est unique, nonchalant, souvent prétentieux, un brin tendancieux. Des pensées qui défilent comme autant d’images qui mettent parfois du temps à faire sens et pourtant rares sont les choses qui échappent à ses yeux, à ses sens. Il ressent plus qu’il ne comprend. Il fait plus confiance à ses fameuses intuitions qu’à ce qu’il peut voir. Il dit même que la gestuelle, le regard lui apportent beaucoup plus que tous les mots, mensonges qui peuvent sortir de la bouche des personne qu’il interroge. C’est un personnage qui a le mérite d’être complètement unique. Personne n’est comme le commissaire Adamsberg, et en un sens heureusement, parce que s’il faudrait en avoir plusieurs comme lui, se serait bien compliqué.

Je ne tiens pas forcément à parler des autres personnages, ils sont importants, sans vraiment l’être. Bien sûr, il y Danglard avec ses réflexions intellectuelles et son vin blanc, Retencourt le lieutenant indispensable ou encore Zerk, le fils d’Adamsberg qui ressemble bien trop à son père. Il y a la vieille Léo pour qui j’ai eu un véritable coup de coeur. Mais ils sont tout aussi volatiles que les pensées du commissaire.

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On ne peut décemment pas parler d’un Fred Vargas sans évoquer la plume de l’auteur. Je crois que je ne dirai jamais assez, en maîtresse de son art, elle manie tous les subterfuges pour nous amener exactement là où elle le souhaite et préserver le suspense jusqu’au bout. Elle manie avec justesse et humour les dialogues poussés parfois à leur absurde paroxysme. Une élégance sans son se dégage de ses textes menés par un génie créateur.

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En résumé : Fred Vargas nous offre une balade champêtre entre enquêtes sanglantes et personnages hauts en couleur. On se plait à naviguer en eaux troubles, à chercher ardemment un coupable qui tarde à pointer le bout de son nez, sous fond de légendes régionales et de vengeance. Bien sûr, on apprend rapidement à ne pas se fier aux apparences et laisser le commissaire faire, lentement mais surement son travail. Si bien qu’il peut réussir, grâce à un morceau de sucre, à résoudre trois enquêtes plus étranges les unes que les autres.


Excellente lecture


Les + : 

  • Adamsberg, sans aucun doute
  • La plume et l’univers de l’auteur

Les – : 

  • On se perd rapidement dans les liens et les dialogues

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2 réflexions sur “[Chronique #46] L’Armée Furieuse

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