Theodora Roselyne – Chapitre 17

J’entraînai dans ma chute, deux chaises et une table, sur lesquels je me fracassai littéralement.

Ça va laisser des marques !

Je sais, je sais ! Je m’étais dit, il y a bien longtemps déjà, que j’allais arrêter les missions et me concentrer sur autres choses. Mais, une chose en entraînant une autre, je m’étais remise sur le marché et enchaîné les missions. En un sens, ce n’était pas dénué de sens. Voilà maintenant presque six mois que Nate avait claqué la porte de mon appartement en jurant ces grands. J’étais devenue un monstre. Cela faisait six mois que ces mots raisonnaient dans ma tête à longueur de journée. Je ne savais s’il avait raison ou non, mais toujours est-il que depuis ce temps, j’étais passée au niveau supérieur. J’arrivais à me servir des quelques petites choses que j’avais apprises durant mon séjour en Terria. J’attirais les méchants comme des mouches.

Trop facile !

Si facile, que lorsque j’avais remarqué le jeune homme contre lequel j’étais en train de me battre, jamais je n’aurai pu me douter qu’il soit comme moi, doté de certaines capacités.

Ne jamais se fier aux apparences ! C’est la première chose que l’on apprend. Je me suis laissée avoir comme une bleue. Bravo Elena, belle marque de professionnalisme. 

Il était si maigre et grand. Une bonne tête de geek et des ordinateurs partout, pour moi, ce n’était qu’un hacker de plus. Ou pas ! Je l’ai compris assez rapidement quand il m’a soulevé d’une main et qu’il m’a envoyé valser cinq mètres derrière. Ça fait mal.

Il possédait une technique qui consistait à me provoquer, ne pas me demandez comment, un mal de tête qui tuerait une none, afin de me faire perdre mon élan, mon équilibre… Et euhm, tout quoi. Au bout de la cinquième charge, je n’arrivais toujours pas à l’approcher, alors que lui y parvenait sans même me toucher, à me mettre K.O.

Cette histoire commençait réellement à m’agacer. Comble de malchance, cela faisait maintenant plusieurs mois que je travaillais en solo, donc personne pour m’aider. Ce petit désagrément était très facilement déclassé pour le bonheur de n’avoir personne pour poser des questions, sauf à ce moment très précis.

Je trouvais particulièrement bizarre que depuis ces six derniers mois, la plupart des personnes que j’avais eu à affronter étaient pratiquement toutes dotées de certaines capacités. Pourtant, je n’étais pas entrée dans l’unité spéciale de Nate et ses compères. J’avais justement refusé la promotion au moment de la fameuse dispute. Cela m’avait semblé le meilleur choix à faire. Et cela me permettait d’être le moins possible en leur compagnie. Un avantage indéniable.

Soit, j’étais plus sensible aux variations de puissance depuis ces derniers temps, soit, je n’avais pas de chance et je me retrouvais toujours dans des guêpiers sans nom où les hommes de l’Ordure (c’est ce que j’imagine en tout cas) se faisaient un malin plaisir à m’entraîner pour que je puisse mourir rapidement. J’avoue, cette fois, j’aurai presque eu peur d’y laisser ma peau.

Bon, restons calme, pas la peine de paniquer. Je n’étais pas au bout de mes capacités, je me retenais très clairement. Maintenant, il me restait plus qu’à montrer à ce jeune prodige de la magie que quel bois je me chauffais.

Les particules d’air commencèrent à s’agiter autour de nous. La sensation de pouvoir qui s’emparait de moi à chaque fois que j’usais de mes pouvoirs était grisante, à tel point que je me demandais comment j’avais pu vivre sans pendant tant d’année. Ça devenait une véritable drogue. Peut-être un peu trop d’ailleurs non ? Cette déferlante de pouvoir me faisait très souvent peur. Je ne pouvais plus faire comme si de rien était. Cela faisait partie de moi, de mon être.

J’avais mûri, j’avais grandi. Je ne sais comment, j’avais appris à faire comme si j’étais devenue une autre femme. Mais les vieilles rancœurs persistaient. Nate me manquait continuellement. Il n’y avait pas un jour, une heure, une minute, une seconde sans que je ne pense à lui. J’essayais de faire passer ce mal-être entre les fêtes, les filles et le boulot, mais ce n’était pas assez. Quand j’arrivais à ne pas penser à lui ne serait-ce qu’une minute, mon inconscient me rappelait à l’ordre en envoyant au plus profond de mes rêves, des images des plus traitres ?

Au souvenir de la souffrance qui m’avait encore submergé cette nuit, j’envoyais mon adversaire dans un vol plané à travers la pièce emportant au passage les trois ordinateurs disposés sur sa table de travail. Au temps pour son travail en cours. En même temps, il ne fallait pas me provoquer. Il me lança un regard noir. Oups…

Le pauvre bougre. Vas-y coco, énerve-toi, j’ai besoin de me défouler ce soir, tu vas voir, on va jouer, ça va être drôle.

— Sale petite garce, tu as vu ce que tu as fait ? Maintenant, je ne vais jamais pouvoir rembourser ma dette, il va me tuer, hurla-t-il de sa voix nasale.

Si ça n’avait pas été aussi pathétique, j’aurais été pliée en deux. En fait, je l’étais, tellement que, son visage vira au cramoisi en quelques secondes.

— Quoi ? Qu’est-ce qui te faire rire, crache-t-il.
— Ta tête de con.
— Petite pute !
— Mais quel vocabulaire châtier ! Tes parents ne t’ont pas appris à parler correctement ?
— Ne parle pas d’eux. Tu ne sais rien de tout ça !
— Certes, et je n’ai absolument pas envie d‘en savoir plus, non plus !
 Petite garce !
— Oui, ça on l’aura compris. Tu n’es ni le premier et certainement pas le dernier à me qualifier de la sorte. Ce ne sont que des ordinateurs, je ne vois pas pourquoi ça te met dans un tel état. Qu’est-ce qui te fait aussi peur ?
— Ça te regarde ?
— Nous n’avons certes pas élevé les cochons ensemble, mais tu dois avoir des activités pas très licites pour avoir tant peur de la réaction de ton patron. Toi comme moi savons que tu n’as pas le patron le plus compréhensif du monde.

Il tiqua assez violemment, et me regarda d’un mauvais œil. Son regard se fit de plus en plus hésitant. Ce n’est pas croyable, ça se prend pour un gros dur, mais il suffit qu’on lui tienne un peu tête pour que le pauvre garçon se décompose. Si je n’avais pas été aussi soulagée de ce retournement de situation, j’en aurais été déçue. Je ne pouvais pas me permettre de faire la maligne, même si c’était devenu une sorte de seconde nature depuis quelque temps. Une double peau protectrice de cynisme et d’ironie qui me permettait de faire face à mes démons.

J’avais compris quelques semaines plus tôt que je ne trouverais pas la paix d’esprit à laquelle j’aspirais tant, tant que je n’aurais pas retrouvé l’Ordure et que je ne lui aurai pas fait payer pour tout ce qu’il m’a fait subir. C’était devenu une véritable obsession et cette idée fixe m’avait causé de nombreux ennuis, tant avec mes proches que pendant mes missions. J’avais laissé mes démons prendre le dessus, j’avais renoué avec mon passé, et je n’en étais pas franchement fière. J’avais laissé la douleur faire de moi un monstre. Quitte à souffrir autant que ce soit pour de bonnes raisons.

J’avais trouvé mon exutoire. Mais tant de souffrance ne pouvait pas sortir aussi rapidement. Le geek soupira avant le lâcher d’une voix morne :

— C’est très simple, certaines familles, de très vieilles familles j’entends, ont besoin de financement pour certaines de leurs affaires. C’est à ce moment-là qu’ils font appel à moi. Il y a quelque temps, j’ai eu besoin de nouveau matériel pour mes petites affaires.  Un mec est venu me proposer un nouveau contrat, j’en ai profité.  C’était les ordinateurs que tu viens d’exploser.
 Techniquement parlant, ce n’est pas moi, mais toi qui venons de tuer les ordis. Je ne suis que l’instigatrice, je n’y peux rien si tu n’es pas capable de te réceptionner.

Oui, je sais, il y a de meilleurs moments pour jouer au plus con… Qu’est ce que j’y pouvais, je suis vraiment très douée à ce petit jeu ?

— Je ne comprends pas, tu braques virtuellement des comptes bancaires, pourquoi ne pas tout simplement te servir
— Ce n’est pas si simple, j’utilise du matos et des moyens qui ne sont pas les miens donc j’ai des comptes à rendre.
— Ouais en gros tu es le larbin d’un gros bonnet.
— Je n’aime pas le ton que tu prends, petite garce. Tu ne sais rien d’où tu mets les pieds, et tu risques bien de le regretter amèrement et rapidement.
— Tu crois sérieusement être capable de me faire peur ? Je ne suis plus à ça près. J’ai passé ces six derniers mois à tuer des énergumènes dans ton espèce pour attirer l’attention de ton patron. Bon, j’avoue, au départ ce n’était pas réellement voulu, mais une chose en entraînant une autre. Des ennuis de plus ou de moins, ça change quoi ?
 C’étaidonc toi. Ta réputation te suit de près !
— Merci ! Bref, revenons-en à nos moutons !

J’allais passer à la question fatidique. Même si je n’avais pas l’intention de prendre mes fonctions de Reine en Terria, une chose était sûre, je voulais faire payer au Baron de Reed ce qu’il a fait subir à mon peuple et à ma famille. Sûrement que la haine que j’éprouvais envers moi-même et ceux que j’avais considérés comme ma famille pendant des années y était pour quelque chose…

Je ne faisais plus de rêve, plus de cauchemars non plus. Eleonore ne me rendait plus de visites oniriques. Et, bien que cela me dérangea le moins du monde au départ, voyant dans tout cela, un repos bien mérité, je devais bien avouer que je me sentais complètement seule. Même ma mère m’avait laissé tomber. Aujourd’hui, j’avais presque l’impression que tout n’avait été qu’un rêve. Si on oublie bien sûr, le contrôle que j’exerçais sur pratiquement tous les éléments.

— Où se cache ton boss ?
— Quoi tu n’en as pas eu assez la dernière fois ?

Le souvenir du viol de l’Ordure me revint en pleine figure. Un retour de boomerang auquel j’avais le droit à chaque fois que ma route croisait un de ses hommes de main, que je me laissais aller, que je me sentais bien. Bref à chaque moment où je ne pensais pas à Nate. Résultat des courses, j’avais honte d’être aussi faible.

J’avais cru au fil du temps m’y habituer, mais on revient toujours à la même rengaine, c’est toujours le même souvenir, et les mêmes paroles qui tournaient et retournaient. Tout cela me paraissait tellement loin maintenant. Comment avais-je pu faire pour vivre si longtemps loin d’eux ? Je n’avais revu personne depuis des mois.

Plus les jours avançaient, plus je m’enfonçais dans un mélange gluant et malsain de tristesse et de désespoir, dont même une soirée alcoolisée ne parvenait plus à me sortir. J’avais alors fermé mon cœur, même à mes meilleures amies.

— Où se cache-t-il, répétai-je, essayant à grand-peine de contenir ma colère ?
— Personne ne le sait beauté, ça fait des années qu’il se cache, justement pour éviter que des gamines dans ton genre n’essaient d’intenter à sa vie. Pour pouvoir faire ses petites affaires tranquillement, tu vois. Il a changé de lieu, depuis que tu as réussi à t’enfuir, personne ne sait où il est.

J’avais le droit un à nouveau qualificatif fleuri !

— Oui, ça, je sais. Maintenant, je voudrais savoir si tu sais ce qu’il prévoit pour ces prochains mois, tu sais quelque chose à ce sujet.
— Pourquoi je te le dirais, de toute façon tu vas me tuer que je te dise quoi que soit ou non !
— Certes. Mais dis-moi plutôt que tu n’es pas assez influent, pour savoir quoi que ce soir dans cette petite assemblée ? Ce serait un peu plus honnête.
— Ne dis pas n’importe quoi ! Bien sûr que si je sais ce qu’il se trame. Il veut le Pouvoir Suprême, et il est prêt à tout pour l’avoir.
— Le Pouvoir Suprême ? On dirait une dénomination à la Dragon Ball Z.
— C’est ce qui va lui permettre de faire ce qu’il veut sur Terre, de contrôler tous les royaumes en Terria, de prendre le contrôle de ton château. En gros, c’est le pouvoir de ton père.
— Comment ça de mon père ? Je croyais que c’était les femmes les maîtresses du pouvoir chez nous ?
— Tu ne sais pas qui est ton père n’est-ce pas ?
— La seule chose que je sais, c’est qu’il est mort quand j’étais petite.
— Ton vieux, mort ? Si seulement ça pouvait être vrai !
— Je te demande pardon ?
— Pauvre gamine innocente… Tu ne sais rien de ta famille et de qui tu es. C’est assez affligeant finalement.
Je sais qui je suis !
— Comment pourrais-tu savoir qui tu es quand tu ne sais rien de ta famille, de tes ancêtres ?
— Tais-toi ! Ça suffit !
— Regarde toi, tu es bien trop jeune, bien trop frêle. Tu te lances dans une guerre dont tu ne sais rien.
— La ferme !

Il y a une chose que je détestais encore plus que ces abrutis, c’était quand ils me rappelaient avec un malin plaisir que je ne connaissais absolument pas l’histoire de ma famille et que, peu importait la suite, jamais je parviendrais à tout savoir. Bon, ça ne risquait pas d’arriver si je les tuais avant qu’ils aient craché le morceau… C’était un détail que j’avais fini par comprendre au cours des dernières semaines. Je ne vivais plus que grâce à ma colère. Je n’étais plus qu’une coquille vide depuis si longtemps que j’en ai oublié comment être heureuse. Mes états d’âme ? De toute façon qui est-ce que ça pouvait intéresser maintenant ? Même pas moi.

— Petite idiote, sans ton prince tu n’es rien ? La grande histoire à couper court non ?
— Ne me parle pas de lui !

Pourquoi toujours remettre ce sujet sur le tapis ?
— Ma pauvre, ça doit être dur de ne pas pouvoir se taper quelqu’un d’autre ? Tu lui restes encore fidèle malgré ce qu’il t’a dit ?
— Plait-il ?
— Oh, aller ! Dans le coin, tout le monde est au courant. Le jeune prince a eu peur ce qu’est capable de faire la petite princesse en si peu de temps. Et il a préféré s’éloigner afin de ne pas se sentir humilié par les pouvoirs de sa jeune conquête. Ou quelque chose comme cela. Je ne me rappelle plus très bien, c’était il y a si longtemps maintenant.

Il était hilare. Je détestais ce gars.

— Pauvre con, dis-toi que s’il a peur, il y a peut-être une raison. Il serait bête que tu aies à en faire les frais, non ?

L’air faussement innocent, je le regardai avec ses yeux qui en avait fait craquer plus d’un. J’avais appris que pour faire peur à un homme, il fallait lui montrer qu’il pouvait avoir envie de nous. Certes, cela marchait beaucoup mieux avec un homme attirant, mais bon, il fallait bien se contenter de ce qu’on avait sous la main. Aujourd’hui, avec ça tête de geek, il me rappelait un vieil ami, perdu de vu depuis bien longtemps.

Enfin, trêve de bavardage, il était temps pour nous de nous dire bye bye.

Son regard avait complètement changé. De la jouissance qu’il avait éprouvée en essayant de me rappeler à mon bon souvenir des évènements de ses derniers mois ne restait que la peur que mes capacités avaient suscitée chez de nombreuses personnes.

— Un dernier mot avant de passer l’arme à gauche, avais-je lâché sans aucun sentiment.
— Bientôt, tu regretteras tout ce que tu as fait. Tu seras renié par tout le monde, même tes plus proches amies.

Je chargeai mes mains de toute l’électricité qui régnait dans la pièce et créais une bonne d’énergie. Le temps qu’il fasse demi-tour afin de s’enfuir, la boule l’avait atteint, le réduisant en cendre.

— Ça, c’est déjà fait. Idiot.

Mission accomplie, encore.

Je repartis donc seule de la maison de cet énergumène, ressassant ses paroles. « Tu ne sais pas qui tu es », « Ton vieux, mort ? Si seulement ça pouvait être vrai ! »… Pourquoi celui qui devrait être mon père aurait-il fait semblant de mourir, surtout sachant qu’il avait une femme et deux filles qui l’aimaient. Il nous avait pourtant abandonnés. Si c’était ça la véritable histoire, alors l’homme était un lâche et un monstre. Même l’Ordure faisait pâle figure à côté.

Qu’est-ce que j’ai fait au monde pour n’être entourée que d’hommes lâches ? sûrement d’horribles choses. Pire que ce que je faisais en ce moment ? Je l’ignorais.

Le répit fut de courte durée. Dans ma folie vengeresse, j’avais tué un certain nombre de personnes en relation avec l’Ordure. Pourtant, j’avais toujours cette impression de faire quelque chose que je regretterai. Plus je m’enfonçais vers cette tornade sombre, plus je m’éloignais de la chance de retrouver la personne qui hantait encore ma vie.

*

*           *

— Oui ? Qu’est-ce qu’il y a ?

Le téléphone n’avait pas arrêté de sonner depuis mon entrée dans le café. J’avais eu comme un besoin pressant de me laver de mes pêchés. Pour ce faire, j’avais décidé qu’un bon petit allongé à la noisette serait parfait ! C’était devenu ma drogue ces derniers temps, un court remplacement de la tequila qui me manquait quand même. Quoi qu’il advienne, au bout du dixième appel, je m’étais résignée à répondre.

— Il y a quelqu’un qui t’attend à l’appart », il faudrait que tu rentres maintenant, m’annonça Lola.
— Maintenant ?
— Oui, maintenant.
— Très bien, j’arrive.

Cela ne faisait pas mal de temps que je n’avais pas non plus eu de conversations avec mes propres amies. Elles avaient délaissé le monstre que j’étais devenue pour me concentrer sur leurs nouveaux amis, ceux que je fuyais comme la peste.

L’odeur de la nourriture faite maison attira mon odorat dès mon arrivée. De toute évidence, on m’attendait de pied ferme. Et il y avait du monde. Beaucoup que ceux à quoi je m’étais entendu. J’entends, Matthieu, Antoine, Séléna, Lola, Ambre et Amélia étaient installés sur le canapé. J’allais passer un sale quart d’heure.

— Je vois que l’on a commencé la fête sans moi ! Qu’est-ce que j’ai manqué ? ironisai-je pendant qu’ils me dévisageaient.
— Si seulement, fit Antoine d’un air dédaigneux. Tu as raté le passage où on se demandait ce que l’on allait faire de toi. S’il fallait qu’on te tue, ou que le simple fait de te faire comprendre les choses allait suffire. J’étais pour la première option, mais apparemment pas les autres.
— Quel dommage, une perspective attrayante ! Faut-il réellement que je sois présente ou votre… réunion peut se tenir en petit comité ?
— Tu es la raison de cette réunion Ely, résonna la voix de ma sœur.
— Qu’est-ce que j’ai fait, encore ?
— Crois-tu vraiment que c’est en restant comme cela que tu vas retrouver ta vie ? me demanda Lola.
— Oh, et tu sais ce que je fais grâce à toutes ses conversations que l’on a toi et moi ?
— La faute à qui ?
— À celles qui préfèrent rester avec ces messieurs plutôt qu’avec leur meilleure amie, malheureuse, désespérée et en plein questionnement interne. Tu crois que n’importe quoi au monde aurait pu me faire oublier le fait que vous m’avez laissé seule quand j’avais le plus besoin de vous ?
— Ely…
— Amélia, s’il te plait ne t’en mêle pas. Je pense que mon incivilité a trouvé son excuse, mais j’ai d’autres sujets d’offense et vous le savez tous très bien ! Maintenant, si vous voulez bien m’excuser j’ai d’autres chats à fouetter !

J’avais regardé Orgueil et Préjugés quelques jours plutôt, cette citation était celle qui résumait le mieux ma vie du moment.
— Tu as l’intention d’aller tuer qui cette fois Elena ? tonna Matthieu.
— Ça te regarde ?
— Oui, tu t’attaques à plus fort que toi, et je n’ai pas envie de ramasser les pots cassés.
— Est-ce que je t’ai demandé quoi que ce soit ?
— Qui te dit que je parle de toi ? Crois-le ou non, moi-même j’ai du mal à y croire, mais certaines personnes, s’inquiètent pour toi.

Cette fois s’en était trop, bien trop. Je n’avais pas le courage de tous les affronter alors qu’ils m’avaient tous si lâchement laissé tomber comme une vieille chaussette pour reprendre d’expression de mon arrière-grand-mère. Les larmes me brulaient les joues. J’en avais assez de cacher mon chagrin pour que les gens ne me posent pas de question, de sourire aux plus malheureux pour qu’ils respirent d’un bonheur dont j’avais oublié l’existence.

Ce soir, face à tous ceux qui étaient soi-disant là pour moi, pour me remettre dans le droit chemin où je ne sais quoi d’autre, je n’avais pas le courage de briser ce masque que j’avais mis tant de temps à façonner pour les autres ?

— Elena, je sais que ça doit être dur, mais on fait ça pour ton bien, ai-je entendu quelqu’un prononcer.
— La vie est bien assez dure comme ça pour que tu te laisses avoir avec de banales histoires de cœur, dit un autre !
— Ressaisi toi Bon Dieu, hurla quelqu’un !

Les images floues se succédaient les unes après les autres toutes autant que les paroles. Il suffit ! Je ne supportais pas qu’on me fasse la morale alors que si tout cela s’est produit, c’est avant tout de leur faute !

Je fis donc demi-tour et m’enfuyais aussi rapidement mes jambes pouvaient me porter. J’entendis vaguement les chaises et les voix s’élever en essayant de me rattraper. Il était trop tard.

Même ma petite sœur était de connivence avec eux. Qu’aurais-je pu faire de toute façon ? Faire face et leur tenir tête, m’enfuir comme je l’ai fait était-ce réellement la chose à faire ? Leur expliquer mes états d’âme ? Merci bien, je me saoulais moi-même, je tournais en rond.

J’avais besoin de parler avec quelqu’un, mais avec qui ? Alors que tous ceux j’ai aimé se retrouvaient contre moi, je me trouvais désespérément seule.

Mais rien n’y faisait, je resterais cette pauvre sotte amoureuse d’un homme qui ne voulait plus d’elle, justement parce que j’étais une fille à me faire des nœuds à la tête.

*

*         *

Je regardai la lune briller au-dessus de ma tête. J’espérai réellement qu’elle me réconforte comme tant d’années auparavant, mais elle demeura muette…

— Est-ce que je suis réellement le monstre qu’ils disent que je suis ? lui demandai-je alors que des larmes de désespoir coulaient sur mes joues, et me brulaient les yeux au passage.
— Non, tu n’es pas un monstre Elena Delacroix, tu t’es juste perdue en route.

Je tournai les yeux vers le vieil homme qui me regardait au-dessus de ses lunettes en demi-lune. Il se dirigea vers moi son sourire si réconfortant qui avait dû faire chavirer bien des cœurs à une certaine époque. Quant à savoir quelle époque ?

Tout comme son petit-fils…

— Veux-tu que je t’aide à te retrouver ?
— Il y a un espoir ?
— Il y a toujours de l’espoir jeune fille. Parfois, le chagrin nous fait faire des choses qui ne nous ressemblent pas, et fait ressortir des aspects de notre personnalité que l’on cherche absolument à cacher, n’est-ce pas ?
— Possible…

Je souriais. Cet homme et ses yeux d’un bleu si clair avaient tendance à me redonner le sourire et à lire en moi comme dans un livre ouvert. Je n’ai jamais réussi jusqu’à aujourd’hui à lui résister, et ce n’est pas peu dire !

— Viens avec moi, tu es gelée.

Je fis ce que je craignais le plus, et suivit Guilhem O’Callagan dans son antre.

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