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[Ecriture – Ecrire son premier roman] L’importance de l’émotion dans un roman et comment la transmettre

Bonjour, bonjour !

Aujourd’hui, je renoue un peu avec les articles de fond pour vous parler de l’émotion dans un roman. Si je devais lister l’une des finalités les plus importantes pour un écrivain lorsqu’il écrit, je dirais que provoquer une réaction, captiver le lecteur, fait partie des éléments principaux. Pour parvenir à cet exploit, l’on doit passer par les émotions, parce que quoi qu’on en dise, l’homme de manière générale est guidé par ses émotions. C’est aussi ce qui nous différentie les un des autres, la manière dont on les aborde, dont on les traite, c’est d’ailleurs pour cela que l’on réagit tous différemment, même face aux mêmes choses. Ainsi, c’est en suscitant de l’émotion chez notre lecteur, que l’on va parvenir (ou non) à le faire entrer dans notre univers. 

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Je marche d’ailleurs beaucoup comme cela. Étant particulièrement sensible, pour ne pas dire, hypersensible, je suis très souvent l’esclave de mes émotions, et elles me servent beaucoup lors de mes lectures. Je suis très bon public, ce qui est un avantage, mais si je ris, ou que je pleure, si je m’énerve ou râle, souffre en même temps que les personnages, c’est que l’auteur a réussi une très grosse partie de son travail : j’ai pu m’identifier à au moins l’un de ses personnages.

Pourquoi l’émotion est-elle si importante dans un roman ?

Parce qu’un roman où le lecteur ne ressent rien est un roman plat duquel on ne garde que peu de souvenirs. Prenez les plus grands drames comme Roméo et Juliette de Shakespeare, ou encore un classique comme Orgueil et Préjugés de Jane Austen ou encore un roman scandale comme les Liaisons Dangereuses de Laclos : quelque en soit la teneur, ses romans ont marqué, parce qu’ils ont su secouer leurs lecteurs, les émouvoir, les toucher, les choquer même. Peu importe le sentiment qui en ressort, du moment qu’il s’agit de quelque chose de fort. Juliette se suicide à cause d’un mal entendu, Elizabeth rejette Darcy, Valmont se laisse tuer par amour (plus ou moins) après avoir trahi, trompé, séduit (bref, Valmont quoi…). On se souvient toujours ce qui nous a profondément marqués, ce qui nous a secoués fait rire ou pleurer, c’est donc pour cela que l’émotion est si importante dans un roman. Et c’est pour cela que l’on va essayer de voir ensemble comment en provoquer davantage.

Quel type d’émotion ?

Joie/Rire

La joie et le rire sont bien plus difficiles à provoquer que la colère ou la tristesse. Cela passe par l’humour, et l’on sait parfaitement que l’humour ne touche pas tout le monde de la même manière. On le voit par exemple parfaitement avec les humoristes, certains nous correspondent plus que d’autres, c’est le même principe dans un roman.

Une auteure que j’aime beaucoup a dit l’année dernière : « Faire pleurer c’est facile, les midinettes adorent ça. Moi ce que je veux, c’est faire rire, ça, c’est un vrai challenge ! »

Il existe différentes formes d’humour : humour noir, autodérision, comique d’observation, sarcasme, ironie… Le tout est de savoir le doser et l’utiliser à bon escient, en évitant d’en faire des couches. Faire preuve de subtilité n’a jamais fait de mal à personne. On évitera les vannes du style « Comme ma b… » à chaque fin de phrase. Une fois, ça peut être amusant. Tout le temps… Non.

Tristesse

Contrairement à l’humour, la peine est plus universelle. Certaines situations sont plus promptes à nous serrer la gorge. Un personnage mourant, une rupture douloureuse, une mauvaise nouvelle. Si vous arrivez à nous faire verser notre petite larme, vous avez gagné le jackpot.

Colère

C’est aussi une émotion difficile à faire passer sur le papier. Comment manifester un sentiment qui nous prend de l’intérieur et qui nous ronge littéralement ? La colère passe par les cris, l’indignation, des personnages hors de contrôle, mais bien plus encore, il faut que la réaction soit intrinsèque au personnage, qu’elle le surpasse et que l’on sente à quel point c’est inadmissible pour lui.

Peur

La peur passe par des situations, des petits détails que l’on glisse au fur et à mesure. On passe par des souvenirs d’enfance, des phobies, des images. Comme la colère, ce sont des émotions particulières fortes qu’il est difficile de faire ressentir au lecteur. Plus l’image est forte, plus le lecteur sait ce que ressent précisément le personnage, plus il est apte à le comprendre et à le ressentir, lui aussi.

Surprise

Elle amène parfois son lot de scène plus ou moins comique. J’adore apporter la surprise/stupéfaction afin de casser la ligne directrice du roman et de donner un peu de difficulté au personnage. D’autant plus qu’elle permet d’enchaîner directement avec un autre type d’émotion comme la joie ou la colère, ce qui est aussi intéressant. 

Envie/désir

Voilà des émotions bien difficiles à quantifier. Avec la montée en flèche de la littérature érotique, il me semblait important d’en parler. On pourrait penser qu’il est facile de provoquer du désir chez le lecteur, mais comme l’humour, la source du fantasme est différente d’un lecteur à un autre : tout dépendra ce qu’aime ou non le lecteur.

Il faut avant tout faire attention au dosage pour ne pas tomber dans le vulgaire ou le ridicule, ce qui est malheureusement souvent le cas. Mais ne pas non plus faire preuve de pudibonderie au point d’imager votre propos à l’extrême : non seulement la scène en deviendrait risible, mais en plus, le message risque d’être compris de travers. Il ne faut pas avoir honte d’appeler un chat un chat. Tout simplement, faites-vous « plaisir » (sans mauvais jeu de mots) et le lecteur y trouvera lui aussi son compte.

Le but des émotions : l’identification aux personnages !

Personnellement, si je ne parviens pas à m’identifier au personnage, j’ai beaucoup plus de mal à entrer dans un roman. Je le lis tout de même, mais il va me manquer quelque chose. Ma petite astuce ? Si une fois ma lecture en pose : je me mets à la place du personnage principal et m’invente la suite de l’histoire, c’est que je suis sur la bonne voie.

L’identification, qu’est-ce c’est ? C’est se reconnaître dans un personnage, ressentir une certaine empathie pour lui, avoir l’impression que l’on est ce personnage et que c’est nous qui vivons les aventures. Ressentir ce lien magique entre lui et nous.

Il y a plusieurs raisons qui nous poussent à nous identifier à un personnage : il nous ressemble au niveau du caractère, il vit des aventures qui nous touchent (l’empathie), on l’envie (d’une certaine manière). Mais à chaque fois, tout n’est qu’une question d’émotion.

D’aucuns vont même jusqu’à dire que l’identification est essentielle pour être captivé par un roman ! 

Comment susciter l’émotion ?

Une question de sens.

Dire quelque chose n’est pas la faire ressentir. Ce n’est pas parce qu’on annonce que le personnage est triste, heureux ou en colère que le lecteur va le ressentir jusque dans ses tripes. Non, pour cela, il faut savoir accumuler les petits détails qui vont provoquer une réaction chez le lecteur. 

On peut commencer par une description (la vue), qui va nous donner des détails sur ce qu’il se passe autour du personnage, mais à partir de quel moment vous pouvez vraiment ressentir cette émotion ? Quand allez-vous aussi voir le petit détail qui va vous faire basculer ?

Pour ça, il faut utiliser les cinq sens : ouïe, odorat, vue, goût, touché. Comme cela, cela parait bateau, mais rappelons-nous que l’émotion vient de l’accumulation d’éléments. Évoquez les sens et les ressentis de vos personnages, en expliquant plus ou moins pourquoi cette réaction (on pourra par exemple utiliser le flashback, une description physique [le cœur qui bat, des papillons dans le ventre…], les images, des figures de style aussi), ou un vocabulaire particulier qui illustrerait parfaitement ce qui se passe chez votre personnage).

« Respirant un grand coup, je fermai les yeux et me concentrait sur ma colère. Elle flamba, alimentée par tous les sentiments contradictoires qui animaient ma vie : les secrets, les mensonges, les trahisons, l’abandon et tout ce que cela provoquait en moi. Je transformai ce malstrom en douleur. Je laissai cette dernière m’envahir jusqu’à m’en donner les larmes aux yeux, combler le vide qui se creusait de plus en plus profondément dans mon cœur et la dirigeai vers la sluagh. »

Le caractère de vos personnages, savoir jouer des différences

Le caractère de nos personnages est pour beaucoup dans la réception du roman par le lectorat. C’est lui qui va créer ses réactions et donc par assimilation les nôtres. Il faut donc les connaître à la perfection afin de rester en accord avec la trame générale.

La création de personnages réalistes pouvant toucher un maximum de lecteurs peut aussi être une bonne solution. Tout en gardant à l’esprit, qu’un personnage évolue avec ses aventures, et que ces émotions, réactions peuvent et même doivent évoluer avec lui. 

Attention à savoir varier les caractères. Si tous vos personnages se ressemblent, le lecteur va très rapidement s’ennuyer. Ce sont les différences qui créent les conflits ou les rapprochements. Prenez exemple sur votre vie quotidienne, on peut ressembler à quelqu’un, mais certaines de nos réactions seront toujours différentes. On peut aimer les mêmes choses ou non, c’est la différence qui fait l’être humain, si l’on devait tous se ressembler, on s’ennuierait très rapidement. C’est pareil pour vos romans, soyez inventifs et créatifs.

— Tu as vu l’heure qu’il est ? demanda ma mère de son ton aimable.
— Bonsoir, mère. Oui, merci, ma journée s’est bien passée et la tienne ?

Je l’entendis renifler dans la cuisine, elle ne daigna pas me répondre pour autant. À la place, sa langue acérée se remit en mouvement.

— J’ai mangé sans toi, et il ne reste pas grand-chose. De toute façon, c’est mieux pour toi. Si tu continues à te nourrir autant, tu vas finir obèse.

Sans me départir de mon sourire, qui pourtant fanait à vue d’œil, je fis face à ma génitrice. Si je n’étais pas bien grande, ma mère était encore plus petite que moi et était tellement mince qu’elle en frôlait la maigreur. C’était plus fort qu’elle, elle ne pouvait s’empêcher de suivre tous les nouveaux régimes à la mode, à tel point que je finissais presque par craindre pour sa santé. Puis, elle me servait ce genre de petit commentaire bien senti et j’en oubliais toute inquiétude.

— Tant de sollicitude de ta part me touche maman, vraiment. Tu devrais faire attention, tu risques de t’étouffer avec.

Varier les émotions : l’ascenseur émotionnel 

Oui, on veut du rire, des larmes, de la joie, de la colère, du désir de la haine : on veut tout ça et plus encore. Un auteur doit savoir jouer et jongler entre les registres, c’est ce qui va tenir son lecteur en haleine durant toute la lecture. C’est ce qui va rentre votre texte inoubliable parce que l’on aura toute cette aventure avec les personnages et même parfois à leur place. Nous aussi, on aura parfois des réactions différentes d’eux, parce qu’on est différent, mais au final, le but aura quand même été atteint : l’émotion sera au rendez-vous.

S’investir personnellement dans l’écriture : trouver son propre style

Généralement quand j’écris, je le fais avec mes tripes, ce sont mes propres sentiments qui alimentent les réactions de mes personnages. J’essaie de me mettre à leur place, de sentir ce qu’ils vivent et de le coucher le plus fidèlement sur le papier. Je pense que, si un auteur ne parvient pas à s’investir un tant soit peu dans son écrit, il ne pourra pas forcément transmettre une vive émotion ou du moins le message qu’il souhaitait.

C’est avec cet investissement, et à force de travail que se forge le style d’un auteur. Parfois, on même le reconnaître par certaines tournures de phrases ou dans la manière dont il parvient à nous transporter avec lui. Lorsque c’est le cas, c’est qu’il a tout compris à son lectorat et qu’il a réussi son challenge.

Ne pas trop en faire

Attention à l’overdose. Pas assez, ce n’est pas bon, mais trop non plus. Vous risquez de tomber dans le ridicule. Ne surjouez pas les réactions, restez réalistes et surtout fidèle à vos personnages. N’oubliez pas que l’émotion sert avant tout à faire passer un message, à toucher le lecteur. Le dosage est donc important ! N’ayez pas peur de faire preuve de subtilité ou de retenue, et au contraire de vous amuser quand il le faut !

Le couple présent dans l’habitacle avec nous me dévisagea de haut en bas comme si je n’étais qu’un rebut de la société. Il n’y eut aucun son de prononcé, évidemment, mais ils le pensaient si fort, que c’était tout comme. Je leur fis donc un grand sourire et un petit coucou de la main.

Ils me regardèrent, choqués et se rencognèrent dans leur coin de la cabine. J’étais à ce point fière de moi que je ne pus m’empêcher d’éclater de rire lorsqu’ils sortirent précipitamment. Je leur adressai même les présentations de mon majeur, lorsqu’ils se retournèrent pour m’observer alors que les portes de l’ascenseur se refermaient.

— Est-ce que tous ceux qui logent dans ce fichu hôtel ont un balai aussi profondément enfoncé là où je pense ? Ou font-ils exception ?
— Je crains que ça soit le cas, mademoiselle.
— Je sens que je vais m’amuser !

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L’émotion est donc un des aspects primordiaux de la conception d’un récit. C’est ce qui rend les personnages attachants, ce qui fait le style, ce qui anime notre lecture. N’oubliez pas que, comme tout, notre manière de réagir aux choses est personnelle, ainsi, chaque lecteur aura une approche différente de votre roman, parfois le message qu’il en tirera sera totalement différent ce celui que vous avez voulu faire passer, mais c’est justement ce qui fait la beauté de la transmission d’émotion. C’est imprévisible, transcendant. Le plus important, c’est que vous vous fassiez plaisir.
J’espère que ce petit post vous aura été utile !

C’est donc tout pour aujourd’hui.
Amusez-vous bien à l’écriture de votre roman,

En attendant, je vous souhaite toujours plus de jolies découvertes ! 

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18 commentaires sur “[Ecriture – Ecrire son premier roman] L’importance de l’émotion dans un roman et comment la transmettre

  1. L’émotion, je galère. Autant pondre des descriptions correctes, des dialogues qui se tiennent, ça passe ; des personnages aux caractères tous différents c’est peut-être plus compliqué, justement parce que ça vient avec les émotions et j’ai beaucoup de mal en fait ! Peut-être parce que je ne suis moi-même pas assez connectée avec les miennes, je sais pas… Mais du coup j’ai aussi du mal à les ressentir quand je lis. Je les comprends, je comprends les personnages, mais je les ressens rarement.

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    1. Du coup, est-ce que tes personnages ressentent eux des émotions ? Ou tu préfères les successions d’actions rapides ?
      J’avoue que ça ne pourrait pas être plus loin que ce que j’ai l’habitude de faire. Je pourrais même dire, au contraire que je mise généralement bien trop sur l’émotion !

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      1. Nan, mes personnages ressentent des émotions (vaut mieux parce qu’on peut pas dire que mes histoires sont la grande aventure alors sans émotion on se ferait chier xD) mais c’est juste que en fait je dis plus que je montre je pense, même si du coup grâce à ton article je vais être plus attentive pendant mes corrections !

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      2. Si peu, si peu… je suis bientôt au bout de la première relecture (je crois qu’il me reste 4 chapitres et moins d’une trentaine de pages (sur 105), et je rajoute plein de trucs (j’ai rajouté à peu près 2 000 mots depuis le début de la correction !). Du coup à la seconde relecture va falloir que je fasse plus attention à la forme déjà, puis voir si ce que j’ai rajouté en terme d’explications s’insère bien ou si ça fait un truc un peu bâtard… j’ai du boulot, quoi !

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      3. Si j’avais lu un chapitre par jour comme je me l’étais dit j’aurais déjà fini mon deuxième tour… mais un chapitre par jour c’est pas facile haha !
        Non, pour l’instant je relis toute seule. Les deux premiers tous je les relis toutes seules, ensuite je demande un coup de main, et ensuite je récupérerai les avis de ces coups de mains et en troisième tour j’ajusterai. Et comme il faut savoir s’arrêter je pense que je m’en tiendrais là.

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